Vous connaissez probablement Paul Feig pour ses comédies américaines potaches et lourdaudes qui cartonnent aux USA, comme "Mes meilleures amies" ou "Spy", ainsi que l’horrible reboot féminin de "S.O.S. Fantômes", ou plus récemment pour des thrillers bourgeoisement inoffensifs comme "L’Ombre d’Emily" ou "La Femme de ménage", qui sont d’énormes succès financiers, malgré leur indigence.
Donc, globalement, une filmographie plutôt médiocre et un réalisateur qui mérite assez peu d’intérêt. Et pourtant, il existe un monde dans lequel il pourrait faire de bons films d’auteur intéressants, car il a déjà prouvé qu’il en était capable dans son premier film… que personne n’a vu.
"I Am David" raconte l’histoire d’un garçon juif de douze ans qui s’évade d’un goulag bulgare, peu après la Seconde Guerre mondiale, et qui part seul et à pied pour un long périple à travers l’Europe, qui va le faire traverser de nombreux pays afin de rejoindre un membre de sa famille vivant au Danemark. David, enfermé seul et sans famille, et qui n’a connu que l’internement et les dangers de mort tout au long de sa jeune vie, va, tout au long de son voyage, faire des rencontres qui vont lui faire réaliser qu’il existe bel et bien sur cette terre des personnes bien intentionnées, de l’espoir, de l’amour, du réconfort…
Évidemment, le film est loin d’être parfait et tombe dans tous les écueils de ce genre de films de l’époque, surfant sur le succès des autres classiques historiques que vous connaissez déjà. C’est évidemment un gros tire-larmes, peu subtil, et un si lourd sujet peine à être porté sur les épaules d’un enfant acteur peu expérimenté.
Mais il y a quelque chose qui fonctionne dans la simplicité de ce film, dans l’innocence touchante et sincère du jeune garçon interprété par Ben Tibber malgré son énorme quête, dans l’humanisme non manichéen du prisonnier incarné par Jim Caviezel, qui va l’aider à s’enfuir, et dans la bienveillance sincère de la femme suisse jouée par Joan Plowright, qui va tenter de percer sa coquille malgré la barrière de la langue. Et les divers paysages européens aident à rendre ce road movie agréable à suivre.
Difficile d’imaginer qu’on parle du même Paul Feig, n’est-ce pas ?
La raison de ce virage à 180° dans la carrière du réalisateur est évidemment facile à deviner : le film est un énorme bide financier et les critiques sont plutôt tièdes. En parallèle, il développe des séries humoristiques à succès ("Freaks and Geeks", "The Office"), et revient au cinéma trois ans plus tard avec une comédie de Noël pour enfants. À partir de là, la suite de sa carrière est toute tracée…
À l’heure où j’écris cette critique, le film a moins de 10 notes sur le site, alors qu’il est sorti en 2004. En comparaison, ses plus gros succès en ont presque 10 000.
Et je comprends très bien pourquoi il n’attire pas. Déjà, personne n’en a entendu parler, mais en plus, qui voudrait s’intéresser au film qui n’intéresse personne, d’un réalisateur que personne ne prend au sérieux ?
Et pourtant, il mérite qu’on s’y attarde. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais c’est définitivement le meilleur film de la filmographie de son réalisateur, et sa relative invisibilité me pousse à vouloir le mettre en lumière. S’il n’y avait qu’un seul film de Paul Feig à regarder, ce serait définitivement celui-là.