Des vieux films d'Ozu que j'ai vus, Il était un père préfigure sans doute le plus les films que le maître réalisera dans son âge d'or. Déjà, avec Chishû Ryû dans le rôle du père, qu'il exercera à d'innombrables reprises encore avec Ozu. Lorsqu'il est grimé en vieux monsieur dans le film, il ressemble déjà terriblement à celui qu'il sera dans les films 15 à 20 ans plus tard, c'est frappant. Le film explore une relation père-fils, donc une relation parent-enfant, même si cette configuration n'a plus vraiment été analysée par Ozu ensuite. L'alcool coule à flots, comme il est de coutume chez Ozu, qui déjà prend un malin plaisir à filmer des trains qui passent (ça existe un film d'Ozu sans train ?). Enfin, la relation d'Ozu au temps est déjà mise en avant : le temps philosophique, c'est-à-dire le manque, le regret, l'ennui, la vieillesse, mais aussi le temps historique, avec des tensions entre le devoir et l'individualisme, entre le Japon de Kamakura ou d'Hakone (je suis toujours surpris que les visites touristiques d'il y a 100 ans sont encore les mêmes aujourd'hui) et le Japon du salariat de Tokyo. Sans oublier le style reconnaissable entre mille, caméra fixe, plans de transition jamais anodins, et petite musique entraînante.

Il y a certainement beaucoup de non-dits dans l'histoire. Le père démissionne de son poste de professeur à la suite d'un drame touchant un des élèves dont il avait la responsabilité. Ensuite, le père ne fera que s'éloigner peu à peu de son fils, encore jeune à ce moment. Diverses excuses seront trouvées : la proximité avec l'école, la nécessité pour le père de travailler afin de financer les études du fils, leur devoir envers la nation une fois le fils devenu professeur (mais loin de Tokyo). Difficile d'ailleurs de ne pas y voir un côté propagande, en plein milieu de la Seconde Guerre mondiale. Sauf qu'à force, ces excuses ne semblent plus que des prétextes. Le père aime son fils, le fils aime son père, et seule une chose finalement les éloigne : la peur du père de perdre son fils, lui qui a déjà "perdu" un jeune élève. Avant une fin évidemment tragique, qu'on voit venir de très loin. Car c'est là le principal défaut du film : un scénario trop romancé, et d'ailleurs haché par des ellipses à répétition. Sans doute qu'Ozu n'avait pas les moyens de réaliser un film plus long, qui aurait donné plus de profondeur à l'histoire et aux personnages. Remarquons quand même la performance de Shûji Sano (le fils), son meilleur rôle pour moi. Il alterne sans peine entre l'enthousiasme enfantin, avec un sourire qui ferait presque jalouser Setsuko Hara, et un désespoir profond, dans cette dernière scène dans le train, abattu par la distance désormais irrémédiable entre son père et lui. Ozu, le maître des dernières scènes poignantes...

Samji
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le 7 sept. 2025

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