Wong Kar Wai a un don, le don de tout faire en ne prenant rien, comme si le néant pouvait donner la meilleure sensation de plénitude. Pari ambitieux, et tellement réussi, déjà caractéristique de son œuvre, comme un trait de caractère à une personne.
Que ce film est beau : les ambiances, les costumes, les couleurs, le tout sur fond de pluie, accompagné d'une douceur enivrante et omniprésente. L'amour n'aura jamais été aussi beau...

Soulignons la belle présence de ce duo d'acteur, où tout se joue dans les regards, et dans l'art d'un jeu de timidité qui laisse néanmoins transparaitre la grandeur des sentiments. La vision du réalisateur sur ces deux protagonistes est sublime, le passage de caméra de l'un à l'autre exprime toute la retenue qu'il y a en eux et transpire la beauté de leur attachement. Et alors que Tony Leung nous apparaît d'une classe inébranlable, Maggie est, elle, d'une grâce incomparable. On prend presque plaisir dans le seul fait de les voir évoluer, tellement la caméra leur donne vie et les magnifie.
Des instants proches du théâtre, tant par la galerie de robes que par les « répétitions » que les amoureux s'imposent. Plusieurs scènes font rappel à d'autres, mais jamais les choses ne se passent deux fois de la même manière : mille croisements dans les escaliers, mais chacun des croisements a ses particularités, une atmosphère et une intensité différentes. Inutile de parler de la musique, déjà reconnue comme un chef-d'œuvre même par ceux qui n'ont jamais vu In the mood for love. Elle qui revient comme un leitmotiv sans jamais nous lasser, d'une finesse égale à celle du film. Elle qui accompagne si bien ces nombreux ralentis : le temps s'arrête pour quelques instants, on en aurait presque le souffle coupé.

Plus on y pense, plus c'est vrai, au cinéma l'amour où « il ne se passe rien » est bien souvent plus fort que tout autre. Il est ici filmé de telle façon qu'il surpasse tous ces films qui veulent montrer par l'acte ce qui s'exprime tellement mieux pas la suggestion. Ainsi pas besoin d'un baiser, un frôlement suffit. Et là ou partout ailleurs ça paraîtrait banal, une simple étreinte prend ici toute son ampleur et tout son sens.
Le réalisateur réussit même à traduire l'importance de ce silence qu'est celui du dernier appel téléphonique, ou sentir la présence de l'autre est bien plus important que de l'entendre parler : il montre une fois encore qu'il maitrise l'art de cet oxymore qu'est la plénitude du vide.

Un film « hors-temps », petit bijou romantique où rien ne saurait nous décevoir dans son déroulement tant on le vit. Ainsi nulle fin n'aurait pu prévaloir à celle-ci (si belles traditions, rien de plus sûr que le tronc d'un arbre pour garder un secret...)
L'expérience Wong Kar Wai s'avère décidément très réussie. Chaque film donne bien envie de voir le suivant, comme une soif qui jamais ne sera satisfaite...

Le 9 mars 2012

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