L'art comme exutoire.
L'art comme souvenir.
L'art pour faire survivre l'autre.
In Waves, c'est la traduction la plus récente de ce que peut faire naître le drame afin de se donner le courage de le surmonter.
In Waves, c'est d'abord un roman graphique autobiographique avant d'être un film d'animation racontant le premier amour en mode absolu et immédiat. Dans des couleurs chaudes qui vont peu à peu s'étioler. Pour se souvenir de Kristen. Comme The Crow, pour James O'Barr, était un moyen de se battre contre le malheur et continuer à faire vivre Shelly, fauchée par un chauffard ou assassinée par une bande de sauvages. Dans un noir et blanc funeste et frontal.
Mais dans In Waves, il n'y a aucun antagoniste identifié. A part la fatalité et l'injustice. Que tenter de les combattre est peine perdue.
Comme il est peine perdue de se battre contre un flash, une attirance, un premier amour qui arrête le temps, que ce soit dans une boîte de nuit ou à la fin d'un match de football. Faisant de In Waves qu'il prospère telle une comédie adolescente, avec ses inquiétudes, ses impatiences et ses bouffées de soulagement.
Lui aime le skate. Elle ne jure que par le surf. En se rencontrant, elle lui donne une nouvelle naissance, dans une scène de baptême intime et de rapprochement émouvant. Elle le révèle et ils s'apprennent. Il l'éveille à l'artistique qui le dévore.
La romance est immédiate. Parfois espiègle, souvent touchante. La pluie qui tombe, quand elle lui fait comprendre qu'elle l'aime, est belle à mourir avec ses reflets d'asphalte. Mais elle ressemble aussi, rétrospectivement, à des pleurs qui préfigurent la suite des événements.
L'eau, c'est aussi celle de l'océan qui enveloppe en plus d'une occasion les corps des amoureux qui se rapprochent et se touchent. Dans des ridules qui ondoient à la surface et des couleurs chatoyantes d'une fin de journée insouciante.
Les jolies images s'enchaînent, les lignes du dessin se fluidifient pour épouser les vagues de l'océan adolescent et celles plus mordantes d'une vie qui file entre les doigts sans que l'on puisse la retenir, comme l'eau. L'urgence de vivre est là, dans les images chaudes et les paroles échangées pour calmer le tragique et l'inéluctable.
In Waves réussit à préserver la lumière de la jeune Kristen jusqu'au bout. Jusqu'à une résistance muette. Même quand l'océan californien des débuts se transforme peu à peu en un décor enneigé et froid à Seattle. Quand un sentiment d'apaisement et la mélancolie succèdent à l'insouciance et l'énergie dévastatrice de la fin de l'enfance.
Malgré les assauts de la maladie semblables à des vagues obstinées, In Waves reste délicat, pudique, intime. Le charme de l'animation adoucit son propos et rend les sentiments qui l'irriguent presque tactiles, tandis que cette tragédie nous rappelle que la vie reste fugace et que nous ne sommes que l'écume de ces vagues perpétuelles et indifférentes.
Le mélodrame de In Waves en emprunte à coup sûr la force.
Behind_the_Mask, la jeune fille de l'eau.