« You are a very strange man. » DAVID DUNN

Le succès de The 6th Sens aussi grand qu'inattendu, a fait de M. Night Shyamalan, la nouvelle coqueluche de Hollywood. Disney est bien sûr son premier courtisan et se propose de produire, presque sans condition, son prochain film. 

C’est donc avec un budget confortable que M. Night Shyamalan va écrire, réaliser et sortir son Unbreakable pour l’année 2000.

Paradoxalement, le film débute avec la naissance d’un enfant déjà brisé, dont les os à peine formés sont déjà fracturés de toutes parts. Ce n’est qu’après qu’apparaît le héros, un miraculeux rescapé d’un grave accident de train dont il est sorti indemne. En prenant ainsi d’emblée le spectateur à contrepied, M. Night Shyamalan montre le souhait d’aborder non pas un, mais deux destins a priori bien différents. L’un mis devant le fait accompli dès sa naissance, d’une fragilité physique extrême, et parfaitement conscient de sa condition. Et l’autre, fuyant sa vraie nature, semblant souhaiter échapper à ce qu’il est réellement. Un développement en miroir exposant deux deux forces opposées, pour installer un équilibre. 

Une idée qui se matérialise à travers la mise en scène et des choix esthétiques qui cultivent cette ambiguïté et cette forme d’opposition entre les deux personnages. Les apparitions de Elijah Price, l’homme de verre, se font régulièrement à travers un miroir ou une surface vitrée, renvoyant de manière évidente à sa maladie des os de verre, mais aussi à l’idée d’un personnage aux facettes multiples, ou d’une force contraire, allant à l’inverse du sens du monde. Le développement du personnage de David Dunn se présente comme une origin story. Son apprentissage est lent, et si sa faculté est d’être invincible, ce sont surtout ses fragilités et ses doutes qui sont exposés. 

Le film prend son temps en présentant de manière lancinante deux êtres que tout oppose. Elijah Price, grand passionné de comics souffrant d’une maladie rare fragilisant ses os, et David Dunn, solide gardien de sécurité étant passé à côté de son rêve de jeunesse. Elijah peut compter sur la présence d’une forte figure maternelle et David sur celle d’une famille, mais chacun d’eux subit des dysfonctionnements majeurs dans sa vie (une quasi inaptitude à sociabiliser pour l’un, une difficulté à définir son rôle de mari et de père pour l’autre). Faisant l’économie de personnages secondaires, on assiste au pouvoir d’attraction de ce duo qui prend rapidement la forme d’une lutte entre le bien et le mal. 

Bruce Willis revient travailler pour M. Night Shyamalan (qui est lui aussi devant la caméra, interprétant le dealer dans le stade) après The 6th Sens. Ils sont rejoint par Samuel L. Jackson impérial dans le rôle de l’homme de verre Elijah Price.

Bâti sur un scénario une nouvelle fois brillant, notamment dans son originalité et son efficacité, on a même droit, comme souvent avec M. Night Shyamalan, à un twist final, ici bouleversant, et des effets narratifs pour le moins inhabituels, mais pas moins forts en fin de métrage. 

The 6th Sens a redéfinit le twist final comme facteur clé de succès, Unbreakable n’a pas à rougir de cette comparaison avec son dénouement qui apparaît à première vue anti-spectaculaire. L’esprit ludique du spectateur y perd dans sa recherche d’indices lui permettant d’analyser une fin plus classique, mais plus dense grâce à ses différents niveaux de lecture. L’un des plus évidents réside dans ses motifs liés aux comics : le héros, le vilain, les tenues, la cryptonite (ici l’eau).

Le grand final met brillamment en opposition les deux personnages alors que Elijah Price propose à David Dunn de lui serrer la main, provoquant ainsi un flashback bouleversant. Ayant provoqué lui-même de graves accidents grâce à une intelligence machiavélique créée par la fatalité de sa situation, Elijah ne cherchait en fait qu’à trouver un survivant en espérant inconsciemment y voir son parfait opposé afin de comprendre sa place dans le monde. Cette scène stupéfiante crée alors un parallèle entre le héros et le méchant, ce dernier se reconnaissant comme étant le parfait opposé du premier, et ce bien qu’ils soient amis comme c’est le cas dans de nombreux comics, notamment Charles Xavier et Erik Lensherr des X-Men par exemple. 

M. Night Shyamalan transcende artistiquement l'éternelle dualité existant entre le Bien et le Mal, ici personnifiée par David Dunn et Elijah Price. Il construit le film comme un puzzle, dissémine quelques indices à l'intention du spectateur, qui en les regroupant, peut mieux cerner le personnage de David, tout en n'occultant pas le rôle de Elijah. Le spectateur sera comme l’enfant de David, ne faisant pas la différence entre le réel et le virtuel, immergé dans le monde de la bande dessinée.

StevenBen
7
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le 17 févr. 2023

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Steven Benard

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