La droque, c'est mal, comme chacun sait. Et c'est surtout une très mauvaise idée, quand on se shoote avec une seringue qui a barboté dans une eau qui a dû servir de pot-de-chambre à chauve-souris. Bref, une rage puissance 12 se répand au Vénézuéla.
Infección est un film à l'intrigue maintes fois vue, de 28 Days Later à Rage. Mais il n'y a, cette fois, aucun complot, pas de scientifiques qui auraient mal refermé des éprouvettes, pas de militaires encore plus criminels que les zombies, et ce n'est même pas la faute des USA, mais des Russes, pour une fois. La différence tient aussi à la beauté des images, aux superbes paysages, et l'ambiance songeuse, mélancolique, qui ponctue les scènes d'attaques sanglantes, sauvages, brèves, sans chichis, mais sans complaisance non plus.
Flavio Pedota ne se départ pas d'un regard humain, et même humaniste, sur les "infectés", très loin de la violence paranoïaque et de la jouissance du permis de tuer qui est dans l'ADN des films du genre, surtout nord-américains. Le chaos est filmé avec une certaine modération, sans trop en faire (après tout, le Vénézuela sait ce que sont les effondrements).
Passons sur la façon hâtive, peu vraisemblable, avec laquelle le remède est trouvé, car une fois le générique de fin (joliment animé de gouaches) déroulé, on comprend que cette pandémie fictionnelle n'est pas le sujet réel, mais une crise déjà vécue, en train d'être vécue, à venir, et pas qu'au Vénézuela, mais sur les cinq continents, et qui tient en un axiome, rigide comme un mur dressé devant les fuyards : "Ils doivent rester chez eux. Les frontières servent à ça."
Bref, un film intéressant, plus pensif qu'éprouvant, comme un cauchemar poétique.