Ingeborg Bachmann – Voyage dans le désert (2025) est un film d’une beauté austère, qui nous fait découvrir l’intimité de la poétesse autrichienne et révèle une douleur profonde, cachée sous une surface presque à fleur de peau. Ce n'est pas un biopic classique, mais une exploration d’une femme prise dans la toile d’araignée de son amour et de sa souffrance, tels qu'elle les a transcrits à l’écrit. Le personnage de Max Frisch, détestable, comme un Biedermann rond d’une de ses pièces, semble d’abord incompréhensible. Il est dépeint non pas comme un monstre, mais comme un parasite poli et insidieux, qui se nourrit de la position de Bachmann. La réalisatrice, Margarethe von Trotta, réussit à capturer la manière dont cette relation toxique s’installe, exposant la manipulation insidieuse et l’emprise d’un love bombing répugnant et pernicieux, immédiatement perceptible par le spectateur. Bachmann, bien qu’elle se rende compte peu à peu de l’emprise, reste piégée dans ce cycle et va en souffrir avant de se brûler. Il y a cette phrase dans le film, qui dit « La première chose entre un homme et une femme, c’est le fascisme. On parle des guerres…» Ce n'est pas un propos féministe au sens militant, mais une vérité brutale sur l’inégalité et l’abus de pouvoir dans une relation. Un point de vue radical, mais d'une vérité frappante et intemporelle. Ingeborg Bachmann – Voyage dans le désert est un film libérateur, aussi intense que subtil, qui fait écho à des classiques du cinéma et de la littérature, comme Malina et The Roman Spring of Mrs. Stone (robe rouge à Rome). On ressent une influence indéniable de ces œuvres, notamment dans la manière dont la réalisatrice parvient à dévoiler la souffrance silencieuse et l’isolement d'une femme sous l’emprise d’un amour destructeur. La référence à Malina est évidente, notamment dans les jeux de feu, les espaces clos et la tension entre l’intérieur et l’extérieur, mais elle ne se contente pas de l’imiter : elle y ajoute sa propre lecture, son propre regard sur la condition humaine et la manipulation affective. Une véritable exploration de l'âme et de la douleur féminine, un hommage indirect mais frappant à ces grandes figures du cinéma et de la littérature.
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