Ce Voyage dans le désert (sous-titre original) n’est pas un biopic : certes, il raconte un épisode de la vie d’Ingeborg Bachmann, écrivaine autrichienne, qui se déroule dans la première moitié des années 1960, avec une focalisation sur deux des histoires d’amour qu’elle a vécues – avec les écrivains Max Frisch et Adolf Opel (ces deux histoires successives sont simultanées dans le film, au sens où des scènes de chacune d’elles alternent, la deuxième englobant la première, pour ainsi dire, car elle contient le récit que fait Ingeborg Bachmann à Adolf Opel de sa relation précédente) ; mais la dimension biographique n’est finalement pas le propos du film : elle n’est que la matière pour l’évocation d’une femme libre vivant sa liberté malgré les carcans sociaux mais aussi mentaux, parfois les siens propres, qui l’amènent à vivre pleinement des passions – amoureuses ou littéraires – qui la contraignent.


Ingeborg Bachmann est comme une fable, qui dessine des archétypes et fait se contraster les lieux visités, les personnages croisés, les hommes aimés (les deux figures des hommes qu’elle aime, passionnément ou raisonnablement, s’opposant à tout point de vue), pour mieux faire ressortir la fragilité de la personnage centrale, dont la farouche volonté de liberté s’accompagne d’une immersion dans un univers qui la happe de toutes les manières possibles, la laissant au bout du compte dans un désert de solitude.


Margarethe von Trotta a signé ce film a 81 ans, et son expérience de femme et d’artiste, comme celle des femmes de sa génération, a certainement inspiré l’histoire qu’elle raconte, autant que les évènements factuels de la vie d’Ingeborg Bachmann. Le film impose un rythme relativement lent qui demande au spectateur un regard en quelque sorte contemplatif, pour entrer dans une empathie avec Ingeborg, certes, mais aussi avec les deux hommes dont elle partage la vie. Mais il n’y a pas de difficulté à se laisser prendre au rythme d’un film à la photo somptueuse, au scénario formellement très bien construit, à l'impeccable direction d'acteurs – les trois acteurs principaux (Vicky Krieps, Ronald Zehrfeld, Tobias Resch) montrant par ailleurs un génie propre de la composition.

LuigiCamp
8
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le 9 mai 2025

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