Beaucoup aimé.
Passée l’ouverture un peu cracra (Lino nous rejoue Le Sang des bêtes… en couleur), j’ai rapidement retrouvé dans cet(te) Insiang ce que j’avais déjà aimé dans son prédécesseur Manille, à savoir la dimension quasi-documentaire de son dispositif (jamais mis les pieds dans un bidonville de Manille, mais j’y crois) qui donne à son récit, commun dans l’absolu, une identité et une authenticité propres ; mais aussi la charmante Hilda Koronel, la Ligaya de Manille, qui dans cet Insiang se taille ce coup-ci la part du lion en interprétant le personnage éponyme. A savoir celui de la jeune fille trop jolie et trop douce pour ce monde de brutes, ici accablée par une daronne tyrannique et des types qui n’ont pas anticipé le tournant metoo.
Même les rares lumières de sa vie paraissent bien maigres (elle a après tout deux trois amis et même un petit copain, mais le type est étrangement douillet, et se fait victimiser par l’alpha du quartier), et quand s’installe chez elle ledit alpha du quartier qui se maque désormais sa mère, on comprend assez vite que ce ménage va prendre un tournant très pénible pour la malheureuse Insiang… Parce que le type a bossé son Humbert Humbert et compris que parfois se taper la mère était encore le moyen le plus simple pour se taper la fille… (je condamne)
Et c’est très sympa à suivre ma foi, juste révoltant et touchant ce qu’il faut. Cette innocente et jolie fille qui subit en silence sa vie de merde dans son shithole… comment ne pas ressentir une profonde empathie pour elle : on la plaint, forcément, et on a envie de lui souhaiter du bien, voire même de lui imaginer une issue heureuse… tout en se gardant bien de trop y croire au risque d’être déçu... (et parce que l’on a vu Manille avant aussi, et que l’on y avait déjà cru)
Et alors qu’un certain fléau l’accable de plus en plus, le dernier quart d’heure du film amorce un tournant assez tordu, très surprenant, et désarçonnant jusqu’à son terme. Se pourrait-il que… ?
Cela jusqu’à une conclusion très belle, simple et terrible, qui pourrait être celle d’un film d’Almodovar (c’est un compliment).
A noter enfin que le film propose les plus beaux plans de moustiquaire que j’aie vus de mémoire cinéphile (c’est aussi un compliment).
Bref, beaucoup aimé, au moins autant que Manille. Hâte de poursuivre cette rétrospective donc.