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C’est une lumière. Un blanc. Un déraillement silencieux. C’est ce qu’il reste quand la nuit s’est désistée.
Le soleil tape, mais rien n’éclaire. Il est midi, toujours. On croit qu’on voit, mais on voit trop. Il n’y a plus d’ombre, donc plus de contours. Seulement des contours qui bavent. Un flic. Un partenaire. Un cadavre. Et un meurtre. Raté. Flou. Accidenté. Dans la brume et dans la honte.
Tout commence avec un corps qu’on cherche. Et tout se termine dans un corps qu’on perd. Le sien. Ce n’est pas une enquête : c’est une corrosion. Celle d’un homme qui s’efface au milieu d’une lumière qui ne s’éteint jamais. L’insomnie n’est pas un symptôme. C’est une sentence.
Erik Skjoldbjærg ne raconte pas. Il laisse faire. Il laisse pourrir. Il filme une conscience comme on filme une neige fondue. Lentement. Sans effets. Sans musique. À peine un souffle. On dirait un songe sec. Pas de tension dramatique. Pas de climax. Rien que des sursauts.
Et cette lumière… cette saloperie de lumière.
Il y a un appel. Le tueur parle. Il ne menace pas. Il constate. Il a vu. L'autre a tué. Ils sont deux maintenant. Deux à savoir. Deux à ne pas dormir. Ce n’est pas du chantage. C’est pire. C’est une familiarité. Une fraternité.
La solitude devient à deux.
Et elle devient toxique.
Chaque plan semble s’excuser d’exister. Tout est engourdi. Brouillé. Comme si la caméra clignait des yeux. Elle ne cherche pas. Elle subit. Elle glisse, comme une paupière. Rien ne tranche. Rien n’explique. Tout flotte.
Le polar, ici, est un faux prétexte. Le crime est résolu dès l’instant où il est commis. Le reste n’est que litanie. Récit d’un esprit qui n’a plus de sommeil et donc plus d’abri. Le remords n’a pas de rideaux. Le soleil, lui, reste allumé.
Le mensonge suinte. Le souvenir pèse. L’avenir se dérobe.
Il n’y a pas de suspense. Il y a un essoufflement. L’homme marche, mais l’homme fuit. Il fait son métier, mais il est son propre alibi. Et peu à peu, on comprend : ce n’est pas le tueur qu’il poursuit, c’est sa propre version. Celle d’avant. Celle d’avant le coup de feu. Celle d’avant l’erreur.
Insomnia n’est pas un film sur un flic.
C’est un film sur l’impossibilité de se regarder en plein jour.
Le sommeil, ici, est une faute.
Le réveil, une punition.
Et la lumière, une torture.