Il y a maintenant 6 mois, quand je suis allé voir Interstellar au cinéma, j'en attendais énormément. De par l'ambition démesurée dont il faisait preuve, de par les thématiques que semblait aborder Christopher Nolan, mais aussi parce que je l'aime bien le petit Christopher. Oui, n'en déplaise à certains, Memento me claque à chaque fois, Le Prestige est très certainement son film le plus sous estimé, a trilogie Batman, bien qu'inégale, est immortalisée par un deuxième opus quasi parfait, et même Inception m'a foutu des frissons. Donc au final Interstellar, c'était pas juste une grosse attente, c'était sensé être LE film qui permettrait à Nolan d'atteindre un aboutissement personnel.


Et à ma sortie de la salle, j'étais frustré. Frustré parce que j'avais passé quasiment deux bonnes heures, mais le final me laissait sur ma faim, il manquait quelque chose, je ne savais pas quoi. Et après laissé un espace de 6 mois avant de le revoir, je me rends à l'évidence. Interstellar est un film qui ne me fait ni chaud, ni froid. Et ça m'énerve.


Maintenant que je peux mettre des mots sur ce que je ressens, je peux dire que pendant un peu plus de deux heures, le film ne fait quasiment pas de faux pas. Tout est bien dosé. On a une première partie sur Terre très intéressante, très proche du documentaire, qui permet de se familiariser avec les personnages, de découvrir le personnage de Cooper (McConaughey, imposant de justesse) et de sa relation avec ses enfants et en particulier sa fille Murphy. Cette relation, et l'amour paternel qui existe entre les deux est le véritable moteur du film. Au-delà des pensées métaphysiques, au delà de la contemplation et de la comparaison faite à 2001 ou Solaris de Tarkovski (deux très grosses inspirations), ce qui intéresse Nolan, c'est la relation qu'entretiennent ses personnages. Et au final ce n'est pas si surprenant quand on considère que Nolan est un romantique, et que tous ses films sont basés sur ce sentiment. De Memento à Inception en passant par Le Prestige ou même Batman, tous ont l'amour comme moteur principal à l'exception peut-être d'Insomnia qui joue plus dans le thriller flippant.


Et je dois dire que ce long passage d'introduction m'a plu. Car oui, Interstellar est rempli de bonnes choses. Outre cette relation proche entre Cooper et ses enfants (car oui ce serait injuste de se concentrer uniquement sur sa fille), l'autre gros point qui m'a sauté aux yeux c'est cette photographie soignée. L'opposition de l'anarchie naturelle sur Terre et du calme magnifique de l'espace est prenant, et Nolan et son chef op (qui, pour une fois, n'est pas Wally Pfister, trop occupé à faire la purge qu'est Transcendance), nous gratifient de scènes parfois splendides ! La tempête de sable, les vagues gigantesque de la planète Miller, le froid islandais sur la planète Mann, le trou noir, effrayant de grandeur et de beauté. La mise en scène de Nolan, qu'on l'aime ou pas, est réussie et Hoyte Van Hoytema (le chef op en question) choisit de cadrer la quasi-totalité des plans à l'épaule. En fait, à part les caméras embarquées, tous les plans sont réalisés à l'épaule, prouvant au monde, que la caméra épaule, ce n'est pas seulement cette shaky cam dégueulasse utilisée dans divers films d'actions. Ici, encore une fois, elle sert la notion d'amour, la caméra nous rapproche des personnages, de leurs visages, de leurs émotions. Et ça marche bordel de cul !


Attention ça va spoiler. https://youtu.be/vQTp8Ozj1JQ


Donc pendant une grosse partie du film, ce qu'entreprend Nolan fonctionne très bien, les émotions qu'il transmet passent sans soucis, et il ne s'embrouille pas (encore) dans son délire de relativité. Car c'est là que le bas blesse, du moins pour moi, la relativité et cette séquence finale au beau milieu du trou noir. En réalité ça commence plus tôt. A partir du moment où le Docteur Mann (Matt Damon, d'ailleurs son apparition me fait toujours autant sortir du film) décide de se barrer comme un connard, tout ce que construisait Nolan sur l'amour disparaît. Cooper est d'un calme absolu, alors qu'il est à deux doigts de ne jamais revoir ses enfants, et tout ce qui le faisait avancer n'existe plus. Son sacrifice pour le Docteur Brand (Anne Hathaway, qui fait la gueule jusqu'au dernier plan du film (et qui aurait dû garder les cheveux longs)) est beau certes, ça souligne la bravoure du personnage et son désir final de sauver l'humanité, et donc ses enfants, mais moi ça me fait sortir du film. Complètement.
En fait, cet homme qui m'émouvait, et qui transmettait tellement d'émotions, ne m'atteint plus. Je suis extérieur au film et la fin me paraît fade.


Je ne souhaite pas m'attaquer à la fin. Déjà parce que j'étais vraiment en dehors du film pour pouvoir réellement la vivre mais je souhaiterais souligner quelque chose. Le coup du mec qui se retrouve coincé dans un endroit où il peut accéder à plusieurs fenêtres temporelles et en modifier le cours des choses, ça a déjà été fait dans Doctor Who (The Girl in the Fireplace, excellent épisode, un des tout meilleurs). A ceci près que dans cet épisode, le Docteur pouvait accéder physiquement aux fenêtres, là où Cooper peut seulement agir avec la gravité, puisque seule la gravité peut traverser les dimensions selon Brand. Le temps est vu comme une mesure physique quantifiable, une sorte de wibbily wobbly timey wimey...stuff. Et, toujours selon le bon docteur Brand, c'est l'amour qui est ajouté en tant que valeur quantifiable pour résoudre le problème. Et c'est au travers de cet amour que Cooper réussit à communiquer avec sa fille dans le trou noir. Après on peut débattre longtemps de la signification de ce lieu, comme quoi il est en train de mourir, répercussion totale de la phrase de sa femme ("Un parent est le fantôme de l’avenir de ses enfants."), ou que cette séquence donne une signification au fameux "ils" dont il est question tout le long du film etc... Je n'ai pas envie de m'étendre là dessus, d'autant que je pense pas qu'il y ait vraiment de débat, puisque selon moi, ce n'est pas penser pour, contrairement à Inception. Selon moi, Nolan est surtout un grand romantique, et si on se pose toute ces questions, c'est parce qu'on les cherche et parce que tout le monde à la fin d'Inception en tête.


Donc voilà, Interstellar c'est pas mauvais, mais c'est pas génial non plus. En tout cas, c'est mon ressenti personnel, je peux tout à fait comprendre qu'on puisse se prendre une claque devant. D'ailleurs, beaucoup de mes proches ont été bouleversés, et si je ne sortais pas constamment du film je pense que j'aurais pu être dans le même état. Mais voilà, ce n'est pas le cas, il y a beaucoup de choses qui me gênent, je ne l'ai pas mentionné, mais le passage sur Terre des années après est intéressant mais mal exploité (jusqu'à la fin où le montage alterné trouve tout son sens), dans le sens où, même si l'idée est bonne (nous faire respirer un bon coup, retrouver nos esprits), ça casse totalement avec ce qu'on est en train de vivre. Quand on retourne sur Terre pour la première fois après avoir passé tout ce temps avec Cooper et son équipe, ça me dérange.
Après il y en a toute une floppée de défauts, je vais pas vous les énumérer tous, mais de tête, il y a la relation entre Brand et sa fille qui est sous exploitée, la propension qu'à Nolan à faire mourir les seconds rôles sans attachements aucun, le pétage de plomb du Docteur Mann, que je trouve What the Fuckesque (mais ça doit être dû à Matt Damon, ça me perturbe vraiment), etc...


Interstellar restera donc une grosse déception pour moi. Ou plutôt une énorme frustration. Parce qu'au final, le film tient la route quand même. Mais quand je pense à ce qu'il aurait pu être ou à ce qu'il aurait pu me faire comme effet, ça me file des frissons.
L'heure de gloire de Nolan n'est pas pour tout de suite, mais elle viendra. Ce n'est qu'une question de temps.


PS : #JeNeSuisPasBlig

Strangelove
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Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Toi, toi et toi, et puis toi au fond, je vous donne rendez vous en salle en 2014.

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le 3 avr. 2015

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