J’ai jamais vraiment compris la raison pour laquelle Nolan s’est constitué un groupe de haters aussi virulent depuis le début de sa filmo. Pour ma part, sans crier au génie, j’ai toujours apprécié ses films pour leur ambition un peu au-dessus de la moyenne du premier blockbuster venu, pour sa mise en scène propre quoiqu’un peu sage et pour la variété des sujets traités (même si on retrouve forcément des thèmes communs). J’attendais donc Interstellar, surtout que comme avec Inception, le film n’a été teasé que relativement tard et sans dévoiler toute son intrigue.
Après une demi-heure qui en paraît légèrement plus pour nous décrire une humanité dont les ressources s’épuisent, le film nous propulse sans transition dans l’espace pour un trip comme on en voit pas tous les ans.
Nolan affiche rapidement ses ambitions thématiques et demande au spectateur une attention de tous les instants. Sans nécessiter non plus un doctorat en physique, Interstellar fait appel à quelques notions qui ne parleront pas à tout le monde et qui sont vivement conseillés pour tout apprécier.
On en arrive au principal défaut du film : d’un côté on nous abreuve de théories scientifiques un peu poussées avec le sérieux qui caractérise la filmo du bonhomme et d’un autre il va falloir faire preuve de souplesse pour tout avaler pour l’ensemble tienne debout. C’est pas non plus complètement fumé mais Nolan sera forcément attaqué sur ce domaine tellement il l’a mis en avant.
Mais dès lors qu’on accepte les quelques approximations du scénario, c’est quand même un putain de voyage. Un voyage qui nous donne à voir des panoramas grandioses de l’espace, qui nous fait passer par un trou noir dans un petit vaisseau spatial pour enfin nous propulser vers des planètes inexplorées. La mise en scène est clairement à la hauteur et certaines scènes m’ont donné des frissons. On ressent également bien la claustrophobie, le poids du vide intersidéral et celui du temps qui s’invite en grand bad guy de cette odyssée. On pense évidemment à 2001 auquel Nolan rang un hommage appuyé. Cependant le chef d’œuvre de Kubrick me semble bien plus froid et mécanique là où Nolan, pour la première fois de sa carrière, a (enfin) réussi à créer une émotion avec ses personnages. Certaines scènes centrées sur leurs angoisses sont parfois casse-gueule (le fameux monologue sur l’amour) mais j’ai trouvé qu’au final ça marchait bien et qu’on sentait que le réalisateur avait réussi à se lâcher et à créer un sentiment d’empathie pour son film le plus personnel. Il faut dire que le casting envoie du lourd.
C’est là la plus grosse réussite d’Interstellar, parler de thèmes que l’on attendait sûrement pas chez son réalisateur sans oublier le grand voyage visuellement prodigieux. Alors comme toujours, c’est pas parfait, il y a des longueurs, une certaine maladresse parfois, mais putain les blockbusters de cette ambition sont bien trop rares sur nos écrans et les mecs comme Nolan trop rares à Hollywood.