<i>Quelques spoilers.</i>
Comme son jumeau <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/58vAlj"><i>La Chair et le diable</i></a>, ce film avance sous l’empire de la morale, de la faute et des passions forcément coupables : mais il gagne énormément à tourner autour d’une Greta Garbo cette fois bien plus ambigüe, subissant l'infamie morale plus qu’elle n’en est coupable, et souhaitant à tout prix ne pas détruire le couple de son ancien amant : ses rapports avec l’épouse légitime montrent d’abord deux personnages lucides s'évertuer à tout faire pour maintenir la situation viable. <i>Intrigues</i> est donc un film humainement plus riche que ne l’était <i>La Chair et le diable</i>, avec qui il partage pourtant de nombreux traits (ses deux comédiens, l’amitié masculine évoquant très fort l’homosexualité). Cependant, il n’en a pas l’ampleur, et ce même s’il y brille toujours une certaine perfection du savoir-faire hollywoodien (jeux de rimes, de structures et de symboles, écrin lumineux douillet et gros plans sublimes, capacités évidentes dans tous les registres – voir cette ouverture qui n’a rien à envier à la science des films burlesques).
La raison à ce manque d’ampleur est peut-être à chercher du côté du titre français : <i>Intrigues</i>. L’histoire tient en effet moins de l’abstraction ("la grande histoire éternelle du pêché"...) que d’une série de péripéties sentimentales à dénouer, autour d’un secret à garder. C’est donc l’impression d’un drame en chambre, d’inspiration parfois théâtrale (comme en témoigne la réunion finale de tous les personnages), qui domine ce film plus trivial où Brown se laisse aller à un enthousiasme cinématographique un peu plus saillant, notamment sensible dans ces mouvements de caméra frénétiques et ces angles tordus, qui viennent comme percer l’équilibre de la bulle hollywoodienne. Le risque d'une vulgarité du style n’est jamais loin, mais le savoir-faire narratif absolument terrassant donne le change.
Par ailleurs, Brown apparaît ici comme l’emblème d’un moment assez particulier d’Hollywood, avant le code Hays bien sûr (le désir adultérin est ici central), mais aussi avant le pré-code (l'esthétique ici est encore accueillante et éthérée, encore teintée d'idéalisme) : le film avance sous la loi et le poids d'une morale puritaine que la forme exalte, tout en déplorant d'un même mouvement ce qu’elle fait vivre aux personnages. Un curieux mélange.
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