Leigh Whannell reprend le mythe de l’homme invisible pour traiter de la violence conjugale. C’est très contemporain, c’est porté par une actrice en vogue et douée, c'est plutôt réaliste, c’est bien filmé et bien joué… enfin pour la première partie du film. Si le réalisateur est doué pour la suggestion et la descente vers la folie, il l’est beaucoup moins pour les scènes d’actions.


Invisible Man démarre ainsi avec une scène d’une extrême tension, et va centrer son propos sur les conséquences psychologiques d’une femme abusée verbalement et physiquement pendant plusieurs années. Syndrome post-traumatique, isolement et paranoïa sont très bien mis en scène et portée par une Elisabeth Moss incroyable. Dans cette première partie, tout espace vide d’une pièce devient une menace, tout est sujet à doute. Le film arrive également à dépeindre cette relation toxique sur Cécilia et son entourage de manière intelligente ("did he hit you ? — among other things.") , également un mode opératoire pour assurer l'emprise de l'homme sur sa victime (la rabaisser, la faire culpabiliser, l'isoler...).


Mais voilà, le réalisateur ne fait pas un drame social (sinon on irait voir Jusqu’à la garde) mais bien un thriller voire de l’épouvante si vous regardez sa classification. Et donc après une première partie angoissante Leigh Whannell chausse ses gros sabots, utilise le même procédé de caméra jusqu’à l’overdose (on a compris, un coin vide n’est peut-être pas vide), noie tout sous une nappe de musique grasse trop didactique (au cas où on aurait pas saisi l’ambiance), et enchaîne les séquences à rebondissements de plus en plus grotesques. Le scénario est plein d’incohérences - à tel point que ne vais pas les lister ici, et les scènes d’actions font plus rire qu’autre chose. Quant au final, sans le révéler, il remet même en question le propos du début du film.


Vouloir traiter d’un problème de société sous un angle différent c’est bien, mais encore fait-il le faire correctement. Et c’est vraiment triste car si on remplaçait la deuxième partie du film par une approche plus réaliste, on aurait avoir un film à la fois angoissant par sa forme et son fond.

AlicePerron1
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le 8 mars 2020

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Alice Perron

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