Constance, jouée par Marina Foïs, a abandonné son boulot il y a 6 ans pour un job parisien plus aguicheur. Elle revient pour récupérer son ancien poste, mais il a été attribué à une jeune femme, Audrey. Constance prend ça comme un vol et va tout faire pour récupérer sa place, d'une façon ou d'une autre.
Irréprochable est ainsi un film français de manipulation d'une femme démon. Comme pour le précédent Elle, il repose entièrement sur son personnage principal. Et ce dernier se montre réussi. Marina Foïs campe très bien cette tchatcheuse qui vit au jour le jour en s'agrippant à tout ce qui lui passe sous la main. Sa mauvaise foi et son amoralité lui donnent de la profondeur, on croit en ce personnage malveillant et hypocrite qui se fait passer pour une bonne âme. Elle n'arrive pas au niveau du personnage d'Isabelle Huppert dans son dernier film, mais Constance reste suffisamment bien écrite pour exercer un pouvoir de fascination.
Mais le film repose peut-être trop sur elle, car il finit par tourner à vide. Je ne me suis pas réellement impatienté, mais j'ai tout de même eu l'impression que le film durait plus que ses 1h45. Le déroulement des activités de Constance tient moins du plan minutieux que de la tranche de vie qui se répète. On ne sent pas de progression qui tiendrait en haleine ou qui créerait un crescendo, cet exercice de la manipulation est bien moins poussé qu'espéré. Mais on y réfléchissant avec du recul, j'ai fini par prendre conscience du vrai piège dans lequel le film m'a fait tomber.
Ce n'est pas Audrey dont Constance veut se débarrasser qui est prise au piège, c'est Constance elle-même. Ses attaques contre Audrey ne fonctionnent pas, elle ne progresse pas du tout, sa cible n'est pas égratignée. Au contraire de Constance qui voit sa situation empirer de jour en jour alors que ses mensonges se font défaire, jusqu'à perdre tous ses soutiens. La chute d'Audrey n'est pas l'aboutissement de la stratégie de Constance mais l'aboutissement de sa déchéance sociale : toutes ses tentatives ont échoué alors elle craque. Cette variante de l'arroseur arrosé est finalement un mini-twist vu la déroulement que semblait prendre le film. Dommage qu'il prenne forme d'une manière aussi banale, tout ça pour un simple meurtre qui en plus représente une victoire pour Constance.
Pour finir sur la forme, j'ai trouvé la réalisation correcte mais sans fulgurance mémorable. Un problème de rythme est toutefois à noter. Les musiques de Zombie Zombie sont de très bon ton, excepté les toutes dernières secondes avant le générique de fin. Je reprocherais bien au film d'en faire trop avec le corps de Marina Foïs. Au début ses mises à nue ont du sens dans le film, mais plus tellement par la suite. Quand on se retrouve avec une authentique scène de douche gratuite, on sait que le réalisateur a fait le pas de trop. Tout est une question de dosage, celui là est légèrement déséquilibré. Irréprochable reste une oeuvre tout à fait honnête qui mérite la curiosité.