Violence extrême et monde noir de noir
C'est la troisième fois que je vois Irréversible. La première vision a été lors de sa sortie en salle, je n'avais pas encore dix-huit ans. L'avoir vu avec une autre personne devait avoir joué car je ne me souvenais pas avoir été choqué. La seconde vision s'est faite quelques années plus tard et là, l'oeuvre était devenue absolument impossible à regarder. Je me souviens avoir passé la séquence du viol en vitesse accélérée tant elle m'était insoutenable. Et donc hier, histoire de ma faire un avis assez définitif sur ce film, j'ai décidé de le voir pour une troisième fois.
Il est indéniable que Gaspar Noé possède un style qui lui est propre et un sens de la mise en scène assez particulier avec cette caméra qui voyage un peu dans tous les sens et cette photographie réellement hors du commun. De plus, il construit Irréversible à l'envers, en commençant par le générique de fin. Le film est segmenté par séquences d'une dizaines de minutes, chacune nous renvoyant dans une situation passée. Une manière assez originale de sortir des sentiers battus sur le sujet, mais aussi une façon de nous révéler quelque chose sur la fin.
C'est la seule chose que je pourrais retenir de positif dans ce film. Et encore, je trouve que le couple Cassel - Bellucci s'en sort de manière très naturel puisque les deux acteurs étaient à l'époque déjà dans une relation conjugale.
Après voilà, l'oeuvre semble montrer uniquement que la noirceur du monde et de l'être humain. Dommage que le talent de Noé soit à un tel service. Car j'estime que ce cinéaste possède du talent. Tout n'est que sombre entre le temps qui détruit et l'être humain dans ses mauvais côtés.
Car bien entendu il y a la vengeance, la seule raison pour l'homme de pouvoir trouver un semblant de justice. C'est avec celle-ci qu'arrive le premier déferlement de violence, inouï, celui de l'ex petit ami qui défonce le visage du violeur à coup d'extincteur. Un visage qui va se déformer au gré des coups.
En remontant dans le temps, on arrive à cette apogée de violence avec la séquence franchement insoutenable du viol. En fait, dans cette séquence, ce qu'il me gène le plus, c'est que ça ne ressemble finalement pas à du cinéma. N'importe qui aurait pu poser la caméra, dire aux acteurs de jouer cette scène dans une totale liberté et de montrer donc cette séquence absolument violente sans artifice, sans rien et devoir la subir jusqu'au bout si on décide de ne pas accélérer la scène.
Ce qui me choque encore plus, c'est ce badaud en fond d'image qui se retire en voyant la scène, ne montrant finalement que la lâcheté de l'être humain.
Voilà, en fait sur ce film, Noé est un peu comme von Trier, un être dégoûté du genre humain et qui ne se cache pas pour le montrer. Le bonheur que connait la femme en apprenant un peu plus tard qu'elle est enceinte ne fait finalement que démontrer à quel point ce monde est bien pourri. Du moins pour Noé.