Qui peut se piquer de faire du cinéma de «vivant» ? C’est bien Gaspar Noé, qui au travers de la grande histoire du cinéma expérimental, a toujours consacré un culte envers cette partie du cinéma. Encore faut-il le faire d’une manière subtile. Voyons voir cela.
Je dois dire que le film m'inspirait une certaine crainte, de par peut-être une forme de maniérisme dans l'affichage des crédits. C'est à dire que je redoutais, de par un pressentiment que le film veuille trop «faire expérimental», «faire cinéma». Cela passait notamment dans les clignotements ou dans les [ E ] renversés des noms crédités. On a quasiment une approche clipesque du produit. Que nenni, l'approche cinématographique du film se doit d'être réellement transgressive et par conséquent, se doit d'incarner une forme cinématographique graphique sensoriel. C’est à dire que le cinéma regorge de film ayant pour but de justement démontrer que on est au cinéma, par simple mépris du réel. Ces derniers veulent à tout prix le montrer comme si le cinéma, ne montrait pas vraiment la réalité, seulement un gigantisme détourné de la réalité, comme si ce dernier ne suffisait pas à l'efficacité d'une image. Ici, il faut se détromper. Le film passe par cet aspect, celui de l'expérimentation, mais tente de casser les codes du médium cinéma. Il est simple de le comprendre, il faut simplement évaluer la portée subtil du film. Tsukamoto, qui est aussi un auteur a portée expérimental, ne conçoit pas de bonnes œuvres expérimentales. Je le vois comme un cinéaste, qui met en scène dans sa démarche expérimentale, tout un tas de choix qui ne relate pas de l'intelligence. Des éléments comme le mépris du réel, qui font croire à un cinéaste que montrer la douleur/la violence par des amplifications sensoriels de l'image est une démarche subtile. Bah non, la violence brute, nette, suffit à effrayer l'homme, qui sensoriellement ressent quelque chose vis-à-vis de ça, sans qu'on le surligne bêtement.En l'occurrence Irréversible est un film subtile, et oui. C'est un film qui comprend où puiser une subtilité.
Le film se constitue de plans de séquences très mouvementés, qui n'affiche rien de claire et net, de démontrer clairement. Par conséquent, ça ne laisse pas la caméra paraître didactique et filmé l'évidence. C'est au spectateur dans un contexte flou, dans lequel il entre in media sress, de démêler les noeuds de l'intrigue au travers du cadre. L’exemple de ce début se caractérise clairement par cette grande et magistrale scène dans la boîte de nuit gay. Il aurait été d’une simplicité de montrer cette endroit comme libidineux avec des gros plans criards, uniquement là pour sur-ligner l’horreur des actions commises par les individus de la boîte de nuit. Ici, c’est justement l’inverse, la caméra omnisciente, vient quasiment brouiller les pistes sur ce qu’on serait en train de réellement voir. Alors quand un homme se fiste dans la boîte de nuit, c’est un peu flou, pas tout à fait net, par conséquent, je suis pensif devant ce que je vois. De là, s’enclenche une forte réflexion de ma part. Le film laisse donc la place à l’interprétation des séquences par le spectateur. On voit ici, une grande maîtrise de la symbiose entre le cinéma classique, qui ne serait pas juste démonstratif, mais complété par l’expérimentation, qui causerait tout de même une certaine forme sensorielle au cinéma. Des détails sont à piocher sur le récit et sur ce que sont les personnages. Par exemple, la caméra permet d’entre-voir la condition sociale des protagonistes, simplement par le cadre, la musique qu’ils écoutent, leurs vêtements, donc uniquement par des éléments constatables, de là se crée une subtilité éloquente. Dans la scène de la soirée, on distingue des drogues comme la cocaïne, la french touch écoutée ou l’architecture de la salle de bain. Ces derniers éléments nous passent sous les yeux, à nous de les relever. On nous laisse réfléchir. Sinon, il est intéressant de notifier la trace de coup de couteau sur le ventre de l’homme consanguin nu, au début du film. Cela nous rencarde de manière furtive sur ce dernier, tandis que la majorité des films auraient placés un petite phrase pour dire, il m’est arrivé ceci, cela… pour aborder des détails comme celui-là.Alors, Noé le fait dans cette scène en faisant tout de même dire à ce personnage, quasiment figuratif des choses sur qui il est et ce qu’il représente de malsain. Néanmoins, je vais discuter l’effet subtil avec lequel il va réussir nuancer cela un peu plus tard.
Puis, lorsque la caméra se pose, elle le fait pour de bonne raison. Il y a des plans plus conventionnels où la caméra se fige dans le plan séquence. On retourne à hauteur d’homme. Cela a pour conséquence d’insuffler une certaine dose de naturalisme dans certaines scènes. Des scènes qui paraissent vrais, sincères. La scène du métro laisse par exemple esquisser un jeu des acteurs plutôt naturel. Pendant un instant, j’oublie que j’ai affaire à Bellucci, Cassel et Dupontel. À présent, la caméra nous laisse décrypter le cadre et prouve que l’espace dans lequel évolue les acteurs s’étend, il possède un fond. Il obtient une matière plutôt réaliste. Dans la scène du métro, on peut décrypter ce fond réel. La scène dans la chambre à la fin où Cassel et Bellucci se réveille est aussi très intéressante de cette aspect là. Elle est crée un environnement, encore une fois très réaliste. On laisse le temps de faire les choses, d’observer. C’est pour cela que le passage où ils dorment durent aussi longtemps. Grâce à cette lenteur se crée encore une fois une essence réaliste. Je dirais même que le réalisme crée à la fin du poétisme. Oui, je le dis Irréversible est un film qui par moment, crée de la poésie. À travers cette séquence, on identifie ce qu’est le bonheur, un bonheur qui dans ce cas a été gâché. Le bonheur de contempler son amoureux etc… Ce bonheur n’est pas réellement construit, il émane du réalisme. Il naît du trivial. Comme dans la vie de tous les jours, s’émane parfois de la poésie. Ici, on comprend que sur-esthétiser un cadre, n’est pas forcément gage de créer du poétisme. Là, c’est fait de manière intelligente et, par conséquent, pertinente. C’est réussi. Un bémol concerne peut être le fait que Alex soit enceinte à la fin de la séquence, car cela donne à tout prix une importance à la scène, faisant réaliser que l’on est dans un film. Seulement montré que la scène n’a pas de but aurait été d’une meilleure pertinence. Cela aurait donner un effet de réel, puisque dans la réalité pas tout à une utilité, et d’autant plus ce genre de situations, où l’on perd du temps, souvent à ne rien faire. On le fait, simplement pour la personne qu’on aime.
Il est intéressant d’observer que la violence ne se fait pas au dépend du réel. Il n’y a pas de mépris envers le réel. Le fait est, que la vie offre des séquences déjà dur à visionner au naturel. Un homme se faisant tabasser ou une femme se faisant violer, est une image quasiment impossible à visionner de manière cru dans notre réalité. Au cinéma c’est pareil. C’est pareil, et cela devient valorisant pour l’œuvre. Noé ne nous prend pas pour des imbéciles en amplifiant la violence, ou ce que la réalité pourrait dégager de violent. Tout bêtement, il n’y a pas gros plans sur des visages défigurés par exemple. Le simple geste d’extrême violence comme il se serait fait dans la réalité est déjà très efficace. Il envoie sensoriellement une claque au spectateur, puis une dureté réaliste, qui retranscrit la violence à laquelle le spectateur ne veut pas être confronté, dans sa propre réalité. Alors, la scène de l’extincteur où Dupontel exécute le violeur dans la boîte de nuit, est une scène d’une jouissance folle, par son intelligence dans sa conception. On nous laisse respirer, comprendre ce qu’il y a à comprendre. On nous laisse voir et être outré sans nous étouffer et nous crier au visage «tu a vus c’est horrible ce que tu vois, c’est laid, c’est moche, la violence c’est vraiment horrible à voir». Rien de cela, on comprend que l’homme est assez intelligent pour avoir un rapport à la douleur, uniquement par le fait de montrer l’image simplement. C’est de même, pour la scène du viol. Montré crûment comme cela, c’est parfait, pourquoi en rajouter ? Cela fait du bien un film qui soustrait les règles de bienséance et prend le réel comme il l’est, même dans le pire, qu’il peut produire. Avec une approche tel on s’éloigne complètement du théâtre et de sa bienséance. Pour moi, c’est un très bon signe. Par ailleurs, le fait que qu’on ne censure par les attributs sexuels des acteurs, crée une continuité du réel. La caméra ne censure pas, au même titre que la vie ne censure pas cela. C’est brut, c’est vrai, c’est réel.
Bien, à présent on peut en parler. En effet, la scène du viol est simplement parfaite. Rien ne sert d’en rajouter. Rien ne sert de faire des gros plans, des courtes focales… Simplement stopper les plans séquences pleins de rebondissements dans leurs navigations, a un point fixe pour créer un plan fixe. Ce plan fixe, celui du viol, est d’une efficacité folle, de par son éloquence. Grâce à une telle séquence, il traverse le spectateur de tout un tas d’émotions. De traumatismes sans doute. En tout cas, montrer de manière froide un acte aussi horrible témoigne simplement de la bienséance du spectateur. Le questionne sur ce qu’il distingue d’outrageant et d’horrifique. Beaucoup on décrié le fait d’avoir montré un tel acte. C’est imbécile à mes yeux, on ne censure pas ce que la réalité ne censure pas. Au contraire, montré le viol tel quel, en impliquant ce qu’il induit d’horrible, met notre moral à rude épreuve. Il nous permet de manière autonome, de penser ce que l’on veut, sans nous diriger de manière paternelle, pour affirmer ce qui est bon de penser moralement. Rien d’autre ne peut refroidir autant un spectateur sur ce sujet, le sensibiliser. Sa longueur amplifie ce sujet. Elle reste tout de même réaliste, car elle contient réellement le temps exact d’un viol dans ces conditions. Encore une fois, le génie de Noé réside dans le fait que ce dernier connaît le potentiel horrifique de la réalité et n’a pas besoin de l’amplifier, de la modifier, pour soit y greffer un dogme moral ou définir la violence comme horrible, comme si elle ne l’était pas naturellement. C’est donc une grande scène concernant le viol. Elle n’est pas une honte, mais justement une réussite totale pour décrier une pratique aussi horrible pour tout être. La froideur, la crudité réussit toujours.Il est d’ailleurs, intéressant d’avoir pris la personne de Monica Bellucci, pour mettre en scène le thème de la destruction physique. Cette dernière, ayant été pendant des années édifiée pour sa beauté, la détruire grâce à une vision réaliste qu’offre le cinéma, arrive à produire le même effet que celui que ressent le personnage de Vincent Cassel. Voir la beauté d’une femme universellement reconnu comme une des plus belles du monde procurent toujours cet effet.
Le degré de réussite dans l’expérimentation réside dans l’amplification du mouvement. Il y a une captation de l’essentialité du cinéma, tout en tentant de créer une innovation formelle. C’est à dire qu’on reprend l’innovation-même qui incarne le cinéma, c’est à dire le mouvement, puis on l’a fait évoluer. C’est ici, que l’on voit clairement l’ambition de faire progresser le cinéma et de le faire évoluer. C’est toujours les cinéastes se produisant dans le cinéma expérimental, qui veulent faire évoluer l’essence du cinéma. Alors, un cinéaste qui n’érige pas le mouvement à un degré supérieur, tout en se piquant de faire du cinéma expérimental, n’a rien prouvé et n’est pas intéressant dans sa démarche. De plus, dans celle de Gaspar Noé c’est fait avec beaucoup de subtilité, alors c’est deux fois plus valorisé et jouissif. Le récit non-linéaire est un bonne innovation expérimentale, au sens où il a pour but de faire perde le spectateur dans le récit, et le réussit à merveille. Cela fait disparaître toutes formes de didactismes, d’un côté subtil et accentue l’état sensoriel, d’un côté expérimental.
J’aimerais aussi aborder le son. Il est intéressant car dans les scènes censées exprimer une idée d’oppression, il ne se caractérise tel une musique l’on lancerait comme ça. Il se caractérise plutôt, par un léger son, presque inaudible au début qui se développe petit à petit. En l’occurrence, en même temps que le plan séquence. Cela produit l’effet que petit à petit vient se greffer une ambiance, sans qu’elle soit constable par le spectateur. Elle parvient à être dissimulée. Elle provient d’une amplification d’un son naturel qui, ensuite est développé. Le son est aussi un facteur, dans l’entente des dialogues, que je trouves plutôt dissimulés. Ils le sont par le fait que le son est volontairement diminué, ce qui causent de devoir aussi décrypter le son. C’est assez fou. On dissout encore une fois une forme de didactisme et fait fonctionner notre cerveau, pour comprendre ce sur quoi on essaie de nous faire part. On est encore une fois perdu, dans les images comme dans le son. Par exemple, je trouve ça intéressant dans la scène du début entre le vieil homme et son vis-à-vis, où on peut déceler qu’il a violer sa fille, sans que ce soit dit de manière criarde. Par ailleurs, l’utilisation de la musique est aussi un sans-faute. D’abord elle se fait plutôt rare, ce qui cause qu’elle ne peut pas avoir une fonction de vol émotionnelle. Ensuite, il nous est fait part de très bon morceaux, grâce à la compo pour le film de Bangalter, notamment la musique de la soirée où sont les trois protagonistes. La musique est entièrement dans la diégèse, donc je peux la savourer subtilement. Je peux le faire car elle ne nuit pas au réel. Il aurait été abîmé si Noé avait décidé de l’incorporer au montage. Cela aurait causé de contribuer à faire réaliser au spectateur qu’il est au sein d’un film, où l’on peut, par conséquent rajouter une musique en post. Prod. Il y aussi un petit Étienne Daho, Mon manège à moi, qui n’est pas dénué d’intérêt. Ce dernier est un morceaux taché d’amour, c’est une déclaration. Il intervient lors de la scène chez Alex et Marcus, qui est une séquence pleine d’amour entre les deux. L’intelligence dans l’opération de placer ce morceau, réside dans le fait que par son caractère de déclaration amoureuse, si il avait été placé au montage, cela aurait été didactique. On aurait fourni des infos sur la situation sentimentale des deux personnages intentionnellement. Pas besoin de vous faire un dessin, pour que vous compreniez où serait passé la subtilité. Rajouter une musique de ce type au montage, c’est ce qui équivaut à faire comme 90% pour-cent des films. Ici, encore une fois, c’est à nous de décrypter ce que la musique dans la diégèse fourni comme lien avec le film. On ne nous force pas à écouter la musique, c’est à nous de l’écouter, et de réfléchir sur ce que Noé peut en extirper.
La thématique de se faire justice soi même est prépondérante dans le film. Elle est très bien mené par le maniement habile des personnages, pourtant placés au sein d’une situation in média sress. Cela est due au fait, qu’il est dur de déchiffrer quelque personnage que ce soit. Le seul chez qui on est le plus proche est Cassel, par le fait qu’il est celui que la caméra approche le plus. Alors, lorsque quelqu’un tente de le violer dans le «Rectum», la réaction naturelle du spectateur est d’être satisfait que Dupontel le massacre en aval. Bon et bien voilà, Noé a réussit à nous faire penser nécessaire et jouir, devant le sentiment de légitime défense. De quoi encore une fois, nous a avertir des sujets d’horreur auxquels est confronté l’homme et dans lesquels ce dernier est susceptible de tomber facilement. Je trouve ça très fort de me faire éprouvé des sentiments, en contradiction de mes convictions. En l’occurrence, en contradiction avec la légitime défense. C’est ça l’expérimental ; faire ressentir sensoriellement des envies ou des sensations à l’homme. Pour autant, Noé ne soutient pas cette violence. Au contraire il l’a décrit. D’un certain point de vue, on peut voir qu’il leur reproche la trop forte déresponsabilisation des personnages. En effet, ces derniers agissent sous le coup de l’envie de vengeance. Alors, ils n’utilisent pas leurs raisons, qui leurs auraient de penser sur la situation. On peut donc y déceler une certaine banalité du mal. La responsabilité de ce crime commis s’est produit, on peut le dire contre leur conviction. Il à été fait uniquement car Marcus et Pierre ont cédé leur responsabilité aux deux types, leur ayant proposés de se venger. Le récit va par la suite confirmer cette hypothèse, puisque le personnage de Dupontel est décrit comme quelqu’un de très réfléchi, que l’on comprend au travers des discussions. Ce dernier, réfléchi trop, il est très «cérébrale»(sic). Alors matériellement, il est intéressant d’y greffer cette hypothèse. Le seul regret que je peux adresser à cet aspect du film, réside uniquement dans le fait que des thermes comme «venger» soit dit explicitement dans la conversation entre les deux lascars et Pierre et Vincent. C’est à dire que ça sonne scenarisé, si l’on dit les mots clés d’une face d’un film. Puis le mot vengeance est trop connoté justement par rapport à la déraison. Puis il est certain que de commettre un homicide pour répondre à une exaction est une vengeance, alors bon c’était pas très pertinent.
Enfin, une chose qui m’a légèrement déplu dans l’œuvre est peut-être le jeu, qui parfois devient du sur-jeu. Il a pour but de faire monter un peu dans les tours la tension, mais sonne un peu superficielle. D’autant plus, qu’il est très facilement constatable que dans des situations telles, la tension monte. Je pense notamment à la scène du taxi chinois, où les insultes fusent. Cassel cabotine et cela m’horripile.
Pour conclure, vous l’aurez compris, mon verdict est sens suspens, que Irréversible est une grande œuvre. Un grand film français et une grande œuvre expérimentale. Là où il est si simple d’échouer comme d’autres l’on fait, Noé lui, a réussit brillamment, à couplé la sensorialité de l’expérimental et l’a subtilité de l’art. Bravo.