Héros malgré lui
1895: le lieutenant Alfred Dreyfuss est reconnu coupable de haute trahison et condamné au bagne. Nommé responsable du renseignement, le colonel Picquard doute de sa culpabilité et tente de chercher ce qui c’est véritablement passé. Pas évident lorsque vous êtes le seul membre de l’armée à croire en son innocence. A moins qu’un écrivain Rougonneux puisse y apporter son aide.
Le voici donc ce grand prix vénitien qui marquait le retour de Polanski. Un retour prodigieux.
Il y avait bien sûr du pain béni pour Polanski que de traiter cette affaire dont je ne révèlerai bien sûr pas l’issue si par hasard quelqu’un l’ignorait. Et en choisissant de prendre le point de vue du précurseur malgré lui des Tigres, le réalisateur polonais lui rend l’hommage mérité, et je persiste que Dreyfuss fut un héros malgré lui.
A l’image du premier plan spectaculaire, le rythme pourtant lent, à de très rares exceptions, permet de se concentrer sur les énormités du premier procès que Picquart relève légitimement. Ce film s’avère pour Polanski une sorte de règlement de comptes qui, bien que l’innocence ne fasse ici guère de doutes, possède un incroyable parallèle avec son propre parcours juridique et cet espèce d’exil forcé. La qualité visuelle et artistique, la performance éblouissante de retenue de Dujardin et surtout la manière de conclure la conséquence historique de l’affaire Dreyfuss, par un ultime plan on ne peut plus symbolique, est absolument remarquable.
A recommander vivement et on ne voit pas le temps passer...