J’accuse retrace l’affaire Dreyfus à travers le regard du colonel Picquart, dans une mise en scène aussi précise que distanciée.
Dès la scène d’ouverture, la dégradation de Dreyfus saisit par sa brutalité et son silence glacial. Le choix de suivre Picquart donne une orientation intéressante au récit : son antisémitisme assumé n’empêche pas sa quête de vérité, ce qui en fait un personnage ambivalent et crédible, brillamment porté par Jean Dujardin, sobre et charismatique. Face à lui, Louis Garrel, méconnaissable, incarne un Dreyfus digne mais trop monolithique, à l’image d’un film qui peine à faire vibrer. Le récit, lui, est clair : la complexité de l’affaire est rendue accessible grâce à une écriture rigoureuse.
Mais cette rigueur vire parfois à la froideur. Comme dans Le Pianiste, j’ai retrouvé chez Polanski une mise en scène propre mais désincarnée : des rues vides, des couleurs ternes, des décors qui manquent de vie. L’esthétique glaciale et le montage très classique (champ/contrechamp à répétition) donnent le sentiment d’un théâtre filmé sans réelle fièvre dramatique. Le casting secondaire n’aide pas : Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric notamment semblent en pilotage automatique.
En somme, le film convainc par son sérieux mais déçoit par son manque d’âme. J’y ai vu une leçon d’histoire, mais sans réelle émotion, un bon dossier, mais pas un grand film.