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bobof
Jim Queen se veut une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Sauf que les auteurs n'ont manifestement pas le niveau pour un long-métrage de cinéma. Pourtant, les retours sont souvent...
le 23 juin 2026
Le cinéma se vit en salle : le petit phénomène autour de la première projection de Jim Queen en séance de minuit lors du dernier Festival de Cannes en témoigne. Euphorique, délirant, trash et camp, ce film d’animation pas vraiment comme les autres (et interdit aux moins de 12 ans) a fait sensation, après une longue attente teasée par le studio Bobbypills, connu notamment pour sa série culte Les Kassos.
Le long métrage emprunte autant à l’esthétique (2D, ligne claire) qu’à la structure (récit initiatique, découverte d’un univers et ses différents mondes par une quête, pouvoirs proches de la fantasy) des dessins animés traditionnels, tandis que le fond s’éloigne considérablement de la cible familiale habituelle. Cette subversion renvoie à un des grands thèmes du récit, qui questionne l’hétéronormativité, et la manière dont elle est perçue comme un mal qui pourrait menacer la communauté gay. Le jeu sur les clichés est aussi habile qu’amusant : l’épidémie d’hétérose voit les homosexuels s’intéresser au foot, pratiquer le manspreading ou vouloir fonder une famille. Renforcé par des gags et des renversements constants (la gaystapo, les thérapies de reconversion, la disparition des coiffeurs ou des stewards…) le récit fourmille d’idées et de clins d’œil tout en suivant le parcours d’un jeune homme dans le placard qui va découvrir un milieu sur lequel il a toujours fantasmé. L’occasion d’un tour didactique du milieu et d’un enchaînement certes un peu mécanique des différentes tendances et kinks en vogue, mais qui pourra s’avérer fort instructif pour les « hétéropos ».
Le militantisme est d’autant plus fédérateur qu’il ne cherche jamais à assener des leçons : il promeut l’ouverture et la curiosité, bien conscient que l’anticonformisme n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il se pratique dans un grand éclat de rire. Et dans cet éloge de la différence, la première cible est bien la communauté LGBT+ qui se limite à son G, et se voit elle-même fragmentée en chapelles dans laquelle la tolérance a ses limites.
De la chanson d’ouverture, satire très efficace des clips d’influenceurs à la salle, à l’emprunt aux anime japonais (la découverte du super pouvoir gaydar) en passant par une gaypride aux allures de bataille du Seigneur des anneaux, le récit dévore toutes les influences pour le redigérer à sa sauce arc-en-ciel. C’est audacieux, drôle, incisif et d’une joie contagieuse. Aucune chaîne ni plateforme n’ayant osé financer le film (qui a tout de même reçu le soutien du CNC), un crowdfunding a été mis en place et a permis de récolter 120000 € : en espérant que cet engouement pour un tel projet trouvera le prolongement qu’il mérite au box-office.
(7.5/10)
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le 6 juil. 2026
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