La difficulté de séparer l’homme de l’acteur.

En une cinquantaine de minutes, l’objet de ce documentaire est de mieux nous faire connaître Marion Morrison, l’homme qui se cachait derrière le pseudonyme de « John Wayne » et c’est loin d’être évident tant le personnage a eu tendance à « avaler » ou « phagocyter » l’homme, jusqu’à devenir une caricature. Trouvant « Marion » bien trop féminin, il se fait appeler « Duke » Morrison puis est rebaptisé « John Wayne » lorsque la célébrité arrive. Le symbole même de l’Américain viril, droit dans ses bottes et ses valeurs traditionnelles, WASP jusqu’au boutiste. L’idée même de « multi-cuturalisme » le dégoûtait profondément : voir l’interview hallucinante qu’il avait donnée au magazine Playboy en 1971, comme si la lutte pour les droits civiques et l’émancipation des peuples amérindiens n’avaient jamais existé ! J’ai appris pas mal de choses sur lui. D’abord ses débuts comme accessoiriste chez John Ford puis comme figurant pendant le muet. Enfin, pendant une dizaine d’années, il galère comme acteur, enchaînant les séries B médiocres les unes à la suite des autres, dans des rôles franchement pas terribles. C’est « La chevauchée fantastique » en 1939 qui en fait une vedette et lui permet de s’imposer.

Sauf que, quand la 2nde guerre éclate et que des vedettes comme Clark Gable et James Stewart (par exemple) s’engagent et vont combattre, lui reste à Hollywood et continue de tourner. Ce que John Ford qu’il considérait comme son mentor lui reprochera, même en public. Wayne devient une caricature de patriote, comme s’il souhaitait combler son manque d’engagement pendant la guerre par des personnages tous calqués sur le même moule, qu’il soit cowboy ou soldat, marqué par un patriotisme intransigeant, un sens du devoir et du sacrifice, le respect des règles manichéennes. La vraie exception dans sa filmographie sera « La prisonnière du désert » en 1955 par John Ford, chef d’œuvre où il joue un homme revenu de la guerre de Sécession aveuglé par la haine et le racisme et dont on ne sait pas jusqu’à la fin s’il va tuer sa nièce ou pas. Un rôle très ambigu qui reste sans doute le meilleur de sa carrière. Il a été à la pointe de la « chasse aux sorcières » contre les communistes durant le McCarthysme. Dans les années 60, ses idées politiques loin du flower power et de la contre-culture, dictent ses choix de films, comme « Les bérets verts » qu’il co-réalise en 1968 et dans lequel il défend l’intervention américaine au Vietnam de façon pour le moins simpliste. Au final, on a bien du mal à percevoir l’homme derrière le personnage, capable du meilleur, surtout avec John Ford et Howard Hawks («La prisonnière du désert », « L’homme qui tua Liberty Valance », « Rio Bravo »…) comme du pire mais ce documentaire est intéressant sur quelques éléments. Quelques questions sont posées mais l'essentiel reste tout de même un passage en revue de ses principaux films (peut-on détester l'homme tout en admirant l'artiste?...). Le mystère « Marion Morrison » reste encore à percer.


JOE-ROBERTS
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le 8 juil. 2025

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