John Wick 4 continue de nous régaler en scène d'action léchée et dynamiques dans des décors fantasmés. Le point d'orgue du film reste comme toujours les scènes d'action avec leur fluidité, la beauté de leur chorégraphie, leur sens spatial aigu et leur extrême lisibilité. Ce qui marque dans cette franchise c’est l’amour de la belle scène, l’énorme travail de préparation des scènes d’actions qui font que c’est vrai, et ça se sent. Je ne m'étendrai pas sur les aberrations géographiques de Paris et Berlin, qui sont souvent monnaie courante dans les films d'action, ou sur certaines scènes à la photographie douteuse. Je préfère au contraire m'amuser du décalage humoristique créé par une scène de combat aux armes à feu en plein milieu du rond-point de l’étoile qui semble peu gêner les Parisiens habitués à un trafic difficile (tant que ça roule on y va). Le décalage se retrouve aussi avec Keanu Reeves qui joue toujours de manière beaucoup trop intense, heureusement secondé par des acteurs de grande classe (Lance Reddick, distingué jusqu’au bout). J’émets peut-être une pointe de regret pour le choix de Bill Skarsgård pour l’arrogant français dont l'accent ne tient absolument pas la route ; on a quand même ce qu'il faut en matière d'acteurs arrogants chez nous…
Mais ce qui captive peut-être dans John Wick, c’est aussi la volonté de créer et d'alimenter un univers codifié cohérent, une forme de société secrète à un niveau étatique, la Haute Table, qui par son ensemble de règles établit une véritable institution et un contrat social entre ses membres, piochant allègrement dans une symbolique du sacré et définissant qui possède le monopole de la violence légitime. John Wick cherche à s’affranchir du système depuis 4 épisodes, et il est devenu une véritable menace pour la Table en remettant en cause ses règles, en revalorisant les liens affectifs au-dessus des lois. Ce nouvel opus montre clairement l’effritement du système, avec d’un part la Table qui donne les pleins pouvoirs à un unique membre, créant elle-même un déséquilibre, et des membres qui en retour questionnent leur fidélité au dit système. On peut ne voir dans la franchise que des enchainements de violence décomplexée, et je reconnais volontiers que les schémas narratifs qui lient les scènes d’action sont assez répétitif d’un épisode à l’autre, mais John Wick propose également un sous-texte intéressant sur les rapports sociaux et institutionnels, prouvant encore et toujours qu’on peut faire un film populaire tout en ayant un propos sérieux — je vous renvoie à cette excellente vidéo de Bolchegeek sur le contrat social de John Wick.
Mais on peut aussi tout à fait apprécier le film sans plonger dans cette analyse, de par son sens du rythme, sa grande qualité technique et une vraie forme de sincérité. La quitessence du bon film d'action.