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SuivreRenouvelle Hollywood?
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Difficile de comprendre l'enthousiasme qu'a suscité Joker tant le film de Todd Phillips apparaît, à l'examen, comme une œuvre profondément dérivative, simpliste et intellectuellement malhonnête.
Sur la forme, Joker n'est guère plus qu'une copie maladroite de La Valse des pantins (The King of Comedy) de Martin Scorsese, à laquelle on aurait ajouté quelques éléments empruntés à Taxi Driver. Les parallèles sont si évidents qu'ils en deviennent embarrassants : un homme marginalisé, mentalement instable, obsédé par la célébrité télévisuelle, vivant dans un univers urbain décadent et finissant par obtenir une reconnaissance morbide à travers un acte de violence. Là où Scorsese construisait une satire fine de la société du spectacle et de l'obsession de la célébrité, Phillips se contente d'en reproduire les codes visuels et narratifs sans jamais atteindre la même profondeur ni la même subtilité. Le résultat ressemble davantage à un pastiche qu'à une véritable réinterprétation.
Mais c'est surtout sur le fond que le film révèle ses limites. Joker s'abandonne à un populisme grossier où toute complexité sociale disparaît au profit d'une opposition caricaturale entre les "méchants riches" et les "gentils pauvres". Les figures aisées sont systématiquement présentées comme arrogantes, cruelles ou corrompues, tandis que la souffrance sociale est transformée en excuse universelle. Le symbole le plus grotesque de cette approche est sans doute la fameuse scène du métro, où les agresseurs d'Arthur Fleck sont représentés comme trois jeunes cadres supérieurs en costume-cravate, visiblement conçus comme des incarnations ambulantes du privilège social. La scène relève presque de la caricature politique : il ne s'agit plus de représenter le réel, mais d'offrir au spectateur des cibles idéologiques faciles à détester.
Cette vision simpliste conduit à un problème plus grave encore : le film semble constamment chercher à justifier, voire à glorifier, la violence de son protagoniste. Certes, il ne la célèbre jamais explicitement, mais toute sa construction narrative pousse le spectateur à interpréter les meurtres d'Arthur comme l'expression légitime d'une colère sociale. Les victimes sont soigneusement choisies pour apparaître antipathiques ou méprisables, et la mise en scène transforme progressivement le personnage en figure révolutionnaire malgré son nihilisme évident. À aucun moment le film ne propose une véritable réflexion morale sur cette violence ni sur les conséquences de son idéologie destructrice. La violence n'est pas interrogée : elle est esthétisée.
Enfin, en tant qu'adaptation de l'univers Batman, Joker constitue un contresens presque total. Dans les comics, le Joker est fascinant précisément parce qu'il demeure insaisissable. Son passé est volontairement ambigu, ses origines contradictoires, sa folie impossible à réduire à une simple explication psychologique ou sociale. En cherchant à transformer ce personnage en victime du système, le film détruit ce qui faisait sa singularité. Le Joker n'est plus une force chaotique défiant toute logique ; il devient un produit prévisible de circonstances malheureuses.
Le même problème touche l'univers de Batman lui-même. Les Wayne sont réduits à des symboles de l'élite méprisante, alors que leur rôle dans les récits originaux est infiniment plus nuancé. La mythologie complexe de Gotham est sacrifiée sur l'autel d'un message politique simpliste qui ne retient des comics que les noms des personnages.
Au final, Joker est un film qui se donne des airs de drame psychologique profond alors qu'il n'est souvent qu'une imitation laborieuse de Scorsese, lestée d'un discours social rudimentaire et d'une compréhension superficielle de son matériau d'origine. Derrière son esthétique soignée et son interprétation habitée de Joaquin Phoenix, il ne reste qu'une œuvre prétentieuse qui confond gravité et profondeur, provocation et réflexion.
Créée
le 9 juin 2026
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