Pour un film de 1949, parlant et censé être en couleur, Jour de fête renvoi bien plus aux codes du cinéma muet qu'aux autres longs diffusés au cinéma à la même époque. Reste que, et c'est peut-être là le principal défaut du film : face à l'ingéniosité technique des films de Keaton et la pertinence politique d'un Chaplin, Jour de fête fait plus « comédie légère » qu'autre chose. Ça ne veut pas pour autant dire que le long est mauvais ou devenu irregardable aujourd'hui… mais que pour le spectateur que je suis, il y a, disons, moins de « matière » à en tirer. Autrement dit, on est sur un film plus récent, mais qui a néanmoins moins bien vieilli que les autres films du genre.
Tati arrive toutefois à filmer la vie de Sainte-Sévère-sur-Indre (commune de la zone libre dans laquelle s'est réfugié le réalisateur pendant plusieurs mois en 1943), à donner de la visibilité à l'intégralité des personnages du récit avant que François, celui qu'il interprète, fasse son apparition et devienne l'acteur central du récit. Bien que je n'aie pas été des plus réceptifs à son humour, je dois admettre que Tati sait rythmer ses gags, à en répéter certains, préparés à l'avance d'autre, tout en n'oubliant pas de les intégrer dans le cadre de ce village vivant duquel ressort, entre une inspiration du cinéma muet et un mixage audio somme toute discutable, davantage de bruits que de voix… ce qui m'a étrangement fait penser à Soldats inconnus d'Ubisoft.
Une comédie légère donc, tout du moins jusqu'au basculement, la présentation des facteurs américains, une fois arrivé à la moitié du long-métrage. Je disais plus haut que Jour de fête n'avait pas la pertinence politique d'un Chaplin, reste qu'il est difficile de le voir aujourd'hui sans avoir l'impression de regarder un film précurseur face à ce qu'on pourrait appeler ce « fétichisme de l'accélération », la vitesse de livraison exigée par les sociétés spécialisées dans le domaine, qui, à force de tout vouloir livrer rapidement, finissent par ne plus livrer grand-chose, ou en mauvais état. Modèle que finira par reprendre consciemment François, ici à cause de la pression des villageois, sacrifiant la qualité de service sur l'autel de la rapidité. Sans aller jusqu'à faire de Tati un visionnaire, c'est le genre de choix qui font qu'un film comme Jour de fête vieillit mieux que d'autre.
À noter qu'une bonne partie des gags de L'École des facteurs, alors dernier court-métrage du réalisateur, sont réutilisés dans Jour de fête (la scène de la chaussure chez le charcutier, la poursuite du vélo, la course avec les cyclistes). D'autres, comme la scène dans l'église ou l'entrée dans le village ont même été repris directement du court-métrage pour être collés tel quel dans Jour de fête, sans aucun changement.
Avec Jour de fête, Tati filmait un monde d'après-guerre qui était en train de disparaître, l'arrivée de la fête foraine aurait dû donner de la couleur à ce village, tout en révélant une certaine modernité… dommage que ladite version couleur souhaitée par le réalisateur ne nous soit pas parvenue avant 1995, soit plus de 40 ans après le tournage. Les forains finissent donc par quitter le village, et nous avec, mais la couleur, elle, n'aura pas pu leur parvenir du vivant de Tati.
Loin d'être parfait, mais un bon premier long-métrage malgré tout.