Le problème avec le cinéma expérimental, c'est que si tu ne rentres pas dedans, c'est l'ennui assuré. Ce Journal d'un voleur de Shinjuku n'y va pas avec le dos de la cuiller. On a l'impression à la première scène qu'on va assister à une comédie outrancière, ce qui surprend de la part d'Oshima. Mais on est bien vite "rassurés". Non, ce n'est pas une comédie. Ni grand chose d'autre d'ailleurs. C'est un délire foutraque, comme si ce journal, c'était celui d'Oshima, où il avait jeté toutes ses idées en vrac, et soudain il a décidé d'en faire un seul film.
L'un des sujets évidents, c'est le sexe. On en parle lors d'une discussion entre hommes, et puis on le voit à l'écran, après tout on est chez Oshima. Comme dans Il est mort après la guerre, l'acte passera forcément par le viol : c'est un fantasme malsain, ou bien une condamnation? On ne sait pas trop, mais ça a clairement plus l'air de la première option.
Le film est rythmé par une ritournelle absurde, et le sommet sera un spectacle de kabuki qui m'a beaucoup fait penser au passage du Sens de la vie, des Monthy Pythons, si vous vous en rappelez, celui du lunaire Where is the fish? Carrément insupportable, j'ai trouvé.
Sans parler des flashs colorés dans un film en noir et blanc, et soudain l'écran devient saturé de couleurs vives, le rouge dominant largement. On se rappelle le pourpre de Eisenstein pour Ivan le terrible, peut-être?
Là-dessus on saupoudre d'un côté historique avec les violentes révoltes étudiantes qui ont secoué le Japon, et voilà, le tour est joué, soudain voilà que "le film prend le pouls d'une époque", si tu vois pas ça c'est que tu n'as rien compris, en fait les jeunes ils sont déboussolés, tu vois toutes ces références au temps ailleurs, et puis dans la première scène on vole les aiguilles d'une horloge, c'est l'ouverture brutale du Japon au monde et aux valeurs occidentales après la seconde guerre mondiale qui a laissé la nouvelle génération en plein désarroi, le temps traditionnel n'a plus cours, alors tu vois, le cinéma traditionnel n'a plus de sens. Tout ça est quand même foutrement intelligent, si tu ne vois pas ça c'est que tu es bête, quand même.
Moi, je suis encore plus bête, c'est l'intérêt de la chose que je ne vois pas. Peut-être que, à force de vouloir paraître trop intelligent, on se perd en cours de route. Le film est libre de toute contrainte, Oshima fait ce qu'il veut, c'est certain. Moi aussi je suis libre, de ne pas l'apprécier.