Philippe de Broca joue la comédie romantique… sans vraiment appuyer sur l'accélérateur

À force de réaliser des films d'aventures virevoltants comme L'Homme de Rio, Le Magnifique ou Les Tribulations d'un Chinois en Chine, on en oublierait presque que Philippe de Broca savait aussi mettre en scène des comédies sentimentales beaucoup plus légères. Julie pot-de-colle, sorti en 1977, appartient à cette seconde catégorie : une petite fantaisie romantique qui ne révolutionne rien, mais qui se regarde avec le sourire.


Le scénario, signé Jean-Claude Carrière et Peter de Polnay, repose sur un principe aussi simple qu'efficace : faire se rencontrer deux personnages que tout oppose. D'un côté, Jean-Claude Brialy, cadre supérieur toujours pressé, l'œil rivé sur sa montre, courant d'un rendez-vous à l'autre comme si le monde allait s'écrouler avec cinq minutes de retard. De l'autre, Marlène Jobert, véritable tornade rousse, accumulant les maladresses avec une énergie inépuisable. Une gaffe ambulante, mais une gaffe tellement irrésistible qu'elle finit par faire vaciller les certitudes du plus organisé des hommes.


Le vieux principe des contraires qui s'attirent n'a rien de neuf. Mais lorsqu'il est interprété par deux acteurs de cette qualité, il fonctionne presque naturellement. Jean-Claude Brialy excelle dans ce registre. Avec son élégance naturelle, son ironie discrète et son sens du rythme, il compose un personnage constamment sur la défensive. Son visage semble dire en permanence : « Pourquoi est-ce que ça tombe toujours sur moi ? » Et évidemment, plus il tente d'échapper au chaos, plus celui-ci s'acharne à lui courir après.


Face à lui, Marlène Jobert est un véritable feu d'artifice. C'est la grande époque où elle enchaîne les succès populaires, imposant ce mélange unique de fraîcheur, de fantaisie et de spontanéité. Son personnage pourrait devenir agaçant entre les mains d'une autre actrice. Chez elle, il devient attachant. Elle possède ce talent rare de transformer une catastrophe en moment de grâce. Une sorte de Pierre Richard... avec un sourire qui ferait fondre un percepteur.


La mise en scène de Philippe de Broca reste fidèle à son style : élégante, fluide, toujours lisible. Les mouvements de caméra accompagnent les acteurs avec beaucoup de naturel et le montage conserve un rythme agréable. Mais on sent malgré tout que le réalisateur joue ici en mode mineur. On aurait aimé davantage d'audace. Le début du film, situé au Maroc, laisse entrevoir des possibilités visuelles bien plus ambitieuses. Les paysages, la lumière, les décors auraient pu offrir une véritable dimension exotique au récit. Malheureusement, cette parenthèse est rapidement refermée, et l'action revient à un Paris beaucoup plus convenu. C'est sans doute l'un des regrets que laisse le film : de Broca avait le goût du voyage et savait magnifier les décors naturels. Ici, il ne les exploite qu'à moitié.


La photographie reste lumineuse, typique des comédies françaises de la fin des années 70, privilégiant les couleurs chaudes et une image très propre. Rien de spectaculaire, mais une élégance constante. La musique accompagne efficacement l'ensemble. Sans atteindre les partitions les plus mémorables du cinéma de Philippe de Broca, elle souligne avec légèreté les situations comiques et participe à cette ambiance insouciante qui traverse tout le film. On ressort avec quelques airs en tête et l'envie de prendre des vacances au soleil... même si elles tournent à la catastrophe.


L'humour, en revanche, manque parfois d'un petit grain de folie. Les situations sont sympathiques, les dialogues souvent amusants grâce à la plume de Jean-Claude Carrière, mais on sent que le scénario reste très sage. On aurait aimé que Philippe de Broca pousse davantage les personnages vers l'absurde, comme il savait si bien le faire dans ses meilleures comédies. On a parfois l'impression que tout le monde est resté bien coiffé avant d'entrer sur le plateau. C'est agréable... mais un peu trop « bon chic bon genre ».


Le film marque une nouvelle collaboration entre Philippe de Broca et Jean-Claude Carrière, deux artistes qui partageaient un goût commun pour les personnages décalés et les dialogues élégants, même si Julie pot-de-colle reste beaucoup plus léger que leurs œuvres les plus ambitieuses. Le tournage s'est déroulé entre le Maroc et Paris. Les séquences marocaines furent tournées en décors naturels, mais elles occupent finalement une place assez réduite dans le montage final, au grand regret de nombreux amateurs du film qui auraient aimé profiter davantage de ces paysages. À cette époque, Marlène Jobert est l'une des actrices les plus populaires du cinéma français. Son image de jeune femme pétillante et maladroite lui vaut une série de succès où elle impose un style immédiatement reconnaissable. Quant à Jean-Claude Brialy, il alterne alors avec une facilité déconcertante cinéma d'auteur, comédies populaires et théâtre, confirmant une carrière d'une étonnante diversité.


Julie pot-de-colle n'est certainement pas le film le plus inspiré de Philippe de Broca. Il lui manque un peu de folie, un peu plus d'audace dans son humour et un scénario qui ose sortir davantage des sentiers battus. Mais il possède une qualité devenue rare : il est profondément sympathique. On passe un agréable moment en compagnie de ce duo parfaitement assorti. Jean-Claude Brialy joue les hommes débordés avec une élégance irrésistible, tandis que Marlène Jobert illumine littéralement chaque scène par son énergie communicative. Ce n'est pas une comédie qui cherche à réinventer le genre. C'est plutôt un film qui vous accompagne gentiment pendant une heure et demie, comme ces vacances où il ne se passe rien d'extraordinaire... mais dont on garde finalement un excellent souvenir. Et puis, entre nous, dans le cinéma français des années 70, une Marlène Jobert qui sème la pagaille avec le sourire, ça vaut déjà largement le prix du billet. Parce qu'une « pot-de-colle » comme celle-là, on la laisserait volontiers nous suivre jusqu'au générique de fin.

Monsieur-Chien
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le 27 juil. 2026

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