Loi du cinéphile numéro 1 : un Pixar se voit en salle !
Loi du cinéphile numéro 2 : Ne jamais juger l’animal à sa fourrure !
Hélas, cette loi numéro 2….sacrebleu mais n’apprendrais-je donc jamais ? Combien de fois vais-je donc répéter cette erreur grossière erreur de débutant ??
Emile Zola disait « J’accuse », eh bien moi je dis à « Jumpers » : je m’EXCUSE ! ☹
Pardon Pixar, pardon film, je t’ai bien trop vite jugé ; j’ai bien trop vite cédé au raccourci des apparences de ta bande annonce et laissé les spectres du négatif parasiter mon envie de toi.
Pour tous les enfants des années 90 – 2000 comme moi, Pixar et sa lampe de bureau rebondissante représentent tout un symbole, un rendez-vous récurrent depuis trois décennies, au cœur d’un royaume de rêve et d’émerveillement dont on espère la proposition à la hauteur de la promesse. Nous croisons les doigts pour que les portes de ce pays des merveilles d’animations en 3D ne nous soient pas fermées, que l’on puisse reconnecter notre « nous-présent » à notre affect d’enfant de 8 ans, comme au premier jour malgré le temps qui passe.
Hélas, bien que l’on cherche à tout prix à honorer depuis toutes ces années ce serment fait à nous même de ne pas perdre ce cœur et ce regard d’enfants, inéluctablement on devient tout de même plus exigeants. Coups de génies après coups de génies, univers fascinants et concepts innovants (jouets qui prennent vie, monstres dans les placards, émotions qui deviennent des personnages à part entière etc), le spectateur habitué à l’excellence aura des attentes de plus en plus compliquées à combler.
Faire de l’original nous le demandons tous et avons tendance, moi le premier à l’élire comme un critère de qualité/réussite immédiat(e). Mais être original n’est non seulement pas chose facile, surtout pour une production d’un studio vétéran dorénavant dans la trentaine, mais pas non plus forcément synonyme de qualité.
Au jour d’aujourd’hui, les plus mauvaises langues auront bien vite fait d’affirmer que la fabrique à classiques Pixarienne a rouillée, pointant du doigt ce que beaucoup prennent pour un aveu d’échec et de fainéantise la multiplication de projets de suites
(Toy Story 5, Les Indestructibles 3, Coco 2 et même tout fraichement annoncé un nouveau volet de « Monstres & Cie »). Mais Pixar a-t-il réellement cédé à l’appelle alléchant du capitalisme, préférant la sécurité à la prise de risque ?
Du tout du tout mes chers amis ; même si la réalité économique va dans ce sens, par besoin de se refaire une santé $$ Post Covid, Pixar n’a rien perdu de son envie de raconter de nouvelles histoires. 6, nous avons pourtant eu 6 originaux depuis le début de la décennie 2020, pour un spin off et une suite à côté. Dire que Pixar a abandonné sa quête de nouveaux bijoux est d’emblée fausse. A partir de là, ignorer ses prises de risques, même entrecoupées de sequels incombe de la mauvaise foi. Reste à voir si, avec le cas JUMPERS, par rapport à ses pairs originaux, cette originalité (non suite), trouve un chemin pertinent (?).
Mais dans ce cas, à venter l’originalité comme qualité + comme prise de risque, vous vous dites (à juste titre) à ce stade de la lecture de cette critique :
Dans ce cas, POURQUOI as-tu préjugé du film comme accessoire, au point de donner la priorité à « La Fiancée de Frankenstein » sorti le même jour ??
Je n’y avais pas pensé mais curieux hasard d’ailleurs, la comparaison de ces 2 films n’ayant rien en commun viendra étayer mon appréciation sur le film d’animation en question. Vous comprendrez au fur et à mesure 😉
« Avatar chez les castors », voilà le pitch et l’étiquette que la promo a collée au dernier né du studio à la lampe de bureau. Mouais, faut dire ce qui est, surtout avec l’esthétique des petits animaux de la forêt tout kawaii, ça sonnait bien maigrichon comme proposition à mes oreilles. A peine 3 mois après le troisième volet de l’Avatar avec qui il entretien la comparaison…ravoir une nouvelle version ne m’enchantait pas. Je veux dire, pourquoi ? Qu’est ce que le film de Pixar allait proposer comme plus-value ? Comment « Jumpers » allait tirer son épingle du jeu ?
Là où une « Bride » me vendait du rêve avec un film de Monstre girl power « punchy », métissé à d’autres genres, Jumper semblait bel et bien vendre du déjà vu fade et convenu…Eh voilà comment le visionnage du film d’animation de Daniel Chong vient remettre l’église au centre du village ! Jumper m’a tendu un piège et j’ai foncé tête baissée dedans comme un débutant -_-
Si le mieux est l’ennemi du bien (notre chère Fiancée de Frankenstein), la simplicité a du bon !
La simplicité et le déjà vu scénaristique de Jumpers ne l’ont pas desservi contrairement à toutes mes croyances. En partant d’éléments de scénarios et de thématiques déjà vu ailleurs (évidemment les films de la saga de James Cameron, mais pas que), le film révèle son charme. Oui l’ADN n’est pas original, mais on passe bien vite dessus face à cette charmante petite fable écologique <3.
Sans jouer sur l’effet de surprise, la simplicité de Jumpers résonne nettement moins comme le choix d’une prévisibilité agaçante que comme la volonté de la sincérité et la capacité d’aller droit au cœur du spectateur. Parfois la complexité n’a pas sa place dans notre usine à émotions, parfois, le chemin le plus direct peut être le meilleur prisme pour nous atteindre.
Une approche narrative conventionnelle n’est pas toujours antagoniste à l’objet d’une (bonne) histoire ; encore plus si cela laisse de la place pour donner plus d’éclats aux autres aspects (personnages, thématiques, univers, émotions transmises). C’est là que Jumpers surprend en bien, le film n’est pas vide et n’est pas non plus fainéant, il tient ses promesses.
Jumpers c’est un joli tableau, un moment de paix comme une douce après-midi printanière ensoleillée où l’on se repose à l’ombre après un bon pique-nique. On se sent rassasié, on apprécie les charmes de la nature, allongé, les yeux fermés en tendant l’oreille aux bruits de la faune, ressentant quelques frissonnements sur notre peau lorsque surviennent quelques brises passagères 😊.
C’est comme ça que j’ai eu le sentiment d’être au contact du film. Le long métrage a su me charmer par le calme poétique de fable écologique. Ce n’est pas la première fois que Pixar s’essaye à la thématique de l’Ecologie. Ils l’avaient bien sûr déjà fait en grande pompe avec leur chef d’œuvre WALL-E en 2008. Mais le but de Jumper n’est pas d’imiter le film du petit robot d’Andrew Stanton ; c’est celui de parler autrement d’une thématique (encore bien ++ d’actualité aujourd’hui ^^), de faire graviter l’histoires d’autres personnages autour de celle-ci.
Si le charme de Wall-E sur l’écologie passait par la SF Kubrickienne (2001 : L’Odyssée de l’Espace, clairement), dépeignant une Terre-poubelle post apocalyptique que les humains auraient quittés pour migrer dans une société vaisseau spatial, Jumper nous fait une autre proposition.
Daniel Chong utilise lui aussi la SF, version techno-clonage, mais contrairement à l’autre, nuance essentielle, bien moins pour dépeindre un monde transformé par la technologie et/ou ses ravages (les conséquences visibles) que pour questionner d’un autre point de vue un environnement végétal et animal menacé de disparition (en gros, Jumper se concentre sur un environnement menacé mais encore là, tandis que Wall-E dépeint une nature déjà détruite au postulat de son histoire). L’un raconte l’histoire d’une héroïne qui tente d’agir pour empêcher un cataclysme à son échelle, alors que l’autre, celle d’un héros dont la quête amoureuse va le propulser dans la grande quête humanitaire de retour à la Terre. Jumpers et Wall-E, semblables dans le fond, mais chacun emprunte une route différente. La beauté de Wall-E est celle du désespoir, celle de Jumpers : l’optimisme.
Esthétiquement, cela rejoint bien le point de divergence entre les 2 Pixar ; celui de Stanton faisait la part belle aux environnements arides, poussiéreux et poisseux en premier lieu, puis hyper high-tech en seconde partie, mais à chaque fois, l’ambiance était froide. Celui de Chong s’habille de couleurs lumineuses bien plus chaudes. Dans Jumpers, l’environnement dépeint nous est familier, nous y croyons car nous avons peu de mal à l’imaginer. C’est pour cela que la menace de la disparition de ce petit étant au milieu de cette clairière nous attriste et que l’on partage le sentiment de révolte de Mable.
Parlons-en du personnage de Mable Tanaka. Ce que j’ai énormément apprécié chez cette nouvelle héroïne Nippo-américaine Pixarienne, c’est la manière dont à travers elle, les studios dépeignent l’éco-anxiété, dans un discours à hauteur d’enfants, vraiment pas infantilisé pour autant. Le dernier né du studio P. berce dans l’Expressionisme, il met en résonnance la Nature avec l’état mental de sa protagoniste. Cette sève narrative fait toute la beauté de Mable, de son développement, sa quête d’elle-même et de ce qui lui est chère, monde humain/monde animal). Si le personnage est touchant c’est parce que l’identification est on ne peut plus simple. Une jeune fille de 19 ans, pas encore adulte, cherche à protéger sa part d’enfant qu’elle projette dans un environnement menacé qu’elle a sanctuarisée.
Nous sommes tous Mable, nous avons tous (ou avons eu) un petit coin de Nature apaisante devenu part de notre intimité. Le combat de cette héroïne de l’autre côté de l’écran nous accroche, car il nous renvoi à notre propre jardin, au propre comme au littéral. La proximité que la faune de Jumpers entretien avec les tanukis de « Pompoko » (Isao Takahata – 1994), qui n’aura pas échappée aux plus connaisseurs de la Japanimation. Evitant une fois de plus le grossier plagiat, la similarité des éléments de comparaison, invitera quelques légers élans de Ghibli ce portrait de relation Homme/Animal/Nature. Il y a dans l’ADN de Mable, la même adn que ces héros adolescents des maîtres de l’animation. L’adolescence, comme chez nos amis Japonais est une période de conflits enfance/âge adulte, une période de tous les changements, un temps où il faut vivre « vite ».
Pixar en a déjà fait depuis longtemps son fond de commerce, et Mable rejoint la liste déjà longue des teenagers en quête d’eux même. Mérida (Rebelle), Riley (Vice Versa), Miguel (Coco) ou encore Elio…et maintenant Mable, mais qu’a donc la petite dernière pour nous charmer, que vaut -elle à côtés de celles et ceux passés avant ? Comment Pixar s’y prend-t-il pour ne pas user l’archétype de l’ado ?
Le personnage de Mable est proche d’une Riley en tant que personne ayant plusieurs niveaux (c’est une comparaison positive). Mable est « double » dans le sens de la superposition intérieure extérieur. Sur le même mode qu’il y ait Riley et les émotions de Riley dans sa tête, notre héroïne-ci a 2 enveloppes corporelles successives (son corps humain de base, puis le corps fabriqué du bot-castor). A ce jeu là de doubles épaisseurs, Pixar y gagne en trouvant le parfait moyen d’exploiter le tiraillement mental de la jeune fille.
Cette dualité thématique n’a rien de lourd, elle ne dégage pas le sentiment de nous être imposée/extrapolée avec insistance pour boucher quelque éventuelle absence dans le script ou à l’écran. Le spectateur connaisseur de la formule Pixar retrouvera avec plaisir naturellement le chemin de thématiques sous-terraines mais toujours bien présente. Mable est à la fois humaine dans son apparence et ses émotions, mais à la fois animale dans son cœur par la cause qu’elle épouse.
Tout du long, son parcours aura pour but d’essayer de concilier ses 2 parts d’elle-même, qui semblent pourtant vouées à rester antagonistes.
Jumpers c’est l’ « Alerte Rouge » (2022) à l’envers. Dans le film de Domee Shi, l’adolescente (j’ai oublié son nom) doit cacher son apparence de panda roux ancestral (une certaine métaphore de l’âge bête et des règles) alors que dans Jumpers, Mable veut cacher son apparence/identité d’être humain. Le jeu des masques fonctionne à l’envers.
Et contrairement à un Miguel, de « Coco » (2017), Mable ne traverse aucune dimension vers d’autres monde ; elle change d’enveloppe physique pour porter un nouveau regard sur son monde. C’est en revêtant la fourrure d’un faux rongeur qu’elle découvre sous un tout nouvel angle un monde qu’elle connaissait…et qui est devenu un autre monde (symboliquement, pas littéralement). A mes yeux, cela fonctionne encore mieux par rapport à l’âge de l’héroïne, 19 ans.
Le mode narratif avancé par Daniel Chong colle avec son âge. A 19 ans, on est plus proche de la fin de l’adolescence et du début de la vie d’adulte. Mable n’a pas besoin de traverser d’autres mondes oniriques pour se trouver, en fait, elle s’est déjà trouvée (comme avancé + haut, ce monde onirique serait le coin de nature qu’elle veut protéger ; il aurait d’onirique la valeur sentimentale qu’elle lui attribue) et doit se démener pour ne pas perdre ce monde. Elle veut protéger l’adulte qu’elle devient, elle veut aller de l’avant sans abandonner ce qui l’a aidée à se construire.
La dernière comparaison sera avec Elio. Jumper réussi là ou l’autre s’est planté. Sans revenir sur le cas Elio qui était un film malade et fut tellement remanié qu’il ne pouvait que décevoir, la clé de cette comparaison je pense se trouve dans l’accomplissement des objectifs de chacun. Elio ne réussissait pas à atteindre de grandes envolées d’émotions car le traitement de son personnage et de sa psychologie était trop maladroitement relié au world building de son univers spatial. La société du congrès des extra-terrestres servait de tapisserie un peu cache misère, qui échouait à donner la résonnance voulu à la psychologie du garçon. Il y avait un goût de pétard mouillé entre le résultat et l’ambition ; ce qui n’est pas le cas avec Jumpers ou l’univers nourrit de bout en bout schéma narratif et profondeur introspective de personnage.
Le présent film brille peut-être plus également juste par son sujet autour de la technologie, très en vogue. Il faut dire qu’entre les extra-terrestres et la sauvegarde des espèces animales, c’est pas au même niveau.
Beaucoup de mots mais il est temps de conclure. Jumpers est une réussite. Adolescence, technologie, écologie et éco anxiété, nous avions plus que tord de préjuger sur le film, dont les faiblesses en apparences furent finalement ses plus grandes forces.
Pixar fait encore rêver son public, ils continuent de savoir faire rêver sans filtres débilisant, en réussissant à être connecté au monde d’aujourd’hui, celui du changement climatique et de la montée en puissance parfois inquiétante de la Technologie. Technologie dont on attend avec impatience de voir la manière (non manichéenne on l’espère) dont ils en parleront avec
Toy Story 5 et le grand remplacement des jouets par les tablettes électroniques. La plus belle manière de célébrer encore une fois leurs 30 ans, par la franchise avec laquelle tout à commencer, pour eux…..comme pour moi ^^.