Un film d'aventure plombé par un Hollywood désenchanté. Loin de son illustre prédécesseur.

Jurassic World Renaissance. Un titre, dont on peut déjà questionner le rapport concret avec le film, qui affiche clairement l'objectif de la Major Universel : continuer à tirer profit de la légendaire licence Jurassic Park, tirée du chef-d’œuvre de 1993. D'autant plus après Le Monde d'Après, le dernier opus de la trilogie Jurassic World, qui semble avoir suscité une détestation unanime et qu'il serait bon de faire oublier rapidement. Pour ma part, je me souviens très bien de sa sortie le 6 juin 2022, car c'était le soir ou j'avais pleinement réalisé à quel point Hollywood avait perdu sa capacité à nous faire rêver. Comme tant de suites et de relancement de saga illustres, Jurassic World 3 était un film exaspérant, coincé dans un fantasme de fan puéril et enfantin, incapable d'aller au-delà de ses effets d'annonce. La découverte de ce film avait agi pour moi comme un déclic, la confirmation d'un désenchantement de l'usine à rêves. Cette même industrie qui avait pourtant avait su donner vie à tant de grands spectacles merveilleux, responsables même de mon envie de faire du cinéma. Une triste soirée donc...

Malgré tout cela, je n'ai pas perdu espoir. Moins de 2 ans après, lorsque le studio lance officiellement un nouveau film Jurassic World, écrit par David Koepp (le scénariste des 2 seuls films importants de la saga soit les 2 premiers) et réalisé par Gareth Edwards, (l'attachant cinéaste derrière la réussite Rogue One) le projet gagne mon intérêt. Même si je suis désormais moins naïf sur les aspirations artistiques réelles d'un tel projet, j'attends patiemment le film. La nuit qui précède ma séance, mon imagination s'embrase et je me prend même à rêver. Un rêve fiévreux sous la canicule de juillet, rempli de jungles mystérieuses, de tension irrespirable et de créatures extraordinaires. C'est dire la puissance des 2 premiers films et l'effet indélébile qu'ils ont laissés dans mon inconscient. Je me réveille donc enthousiaste et me laisse aller à croire également pour ce nouvel opus, à des personnages solides ainsi qu'à des perspectives de réflexions profondes, comme celles du premier film. Choses que permet aisément le high concept du livre d'origine de Michael Crichton. Mais il n'en sera rien.

Renaissance est un honnête film d'aventure, bien meilleur que la foirade du Monde d'Après (je me dois de le préciser tant le traumatisme était important). Tourné visiblement majoritairement en décors naturels, comme Gareth Edwards le revendique et en a l'habitude, le film propose une expérience assez immersive et dépaysante tout à fait réjouissante. Le même soin semble avoir été apporté aux effets spéciaux, réussis et parfois très impressionnants. Pas étonnant quand on sait que le réalisateur vient de ce département. L'exposition est intéressante : elle installe assez intelligemment le contexte et nous présente une galerie de personnages, certes très archétypaux et aux enjeux peu originaux, mais suffisamment solides pour qu'on accepte de les suivre avec intérêt dans le périple qui les attend. En effet, en plus du dino nerd et du gros méchant business man habituels, sans oublier les inévitables enfants têtes à claque, sont introduits cette fois des mercenaires fatigués. Bien campés par Scarlett Johansson et Mahershala Ali, ces nouveaux personnages se révèlent assez rafraîchissants. L'invitation à l'aventure enfin lancée, on se retrouve une nouvelle fois sur une île inhospitalière pour un nouveau ride en forme de survival. Et le tout est assez bien ficelé, avec des moments de bravoure et quelques trouvailles excitantes. A noter que le film se permet même une modeste réflexion écologique bienvenue sur la place de l'homme sur Terre, la présence de créature millénaires apportant forcément un peu plus de discernement à son propos.

Renaissance est donc un film sympathique, oui. Mais il n'est pas assez bon. Malgré tout le battage médiatique autour d'un soi-disant énième "retour aux sources", le film est très loin de son illustre prédécesseur et cela me laisse songeur. Je refuse de jouer le rabat-joie rétrograde, bloqué dans son souvenir émerveillé des premiers épisodes. Mais je le dis, rien dans ce que j'ai cité en points positifs n'atteint le niveau de Jurassic Park et du Monde Perdu. Ici, il n'y a plus de souffle, plus assez de poids, plus assez de suspens ! Et quand le film parvient presque à en créer, ce n'est qu'en rejouant les séquences bien connues du 1er. L'hommage à Spielberg a bon dos ! Gareth Edwards a beau sembler sincère dans sa démarche, citer Les Dents de la Mer et Indiana Jones autant que le 1er Jurassic Park ne suffit pas à faire du cinéma ! Tout cela est un apparat dénué de sens, un décorum pour des séquences souvent assez oubliables ! Ce qui m'amène aussi à parler d'un souci systémique, qui me paraît bien trop courant à Hollywood ces temps-ci : le besoin constant de se référer à ses illustres prédécesseurs, généralement pour le pire ! A grand renfort de de clins d’œil et citations plus ou moins subtiles, Renaissance nous rappelle constamment qu'il est bien conscient de son héritage écrasant. Le film se sent obligé de se moquer de cela, comme pour paraître plus malin et s'émanciper enfin. Mais au contraire, il est plombé par ce méta texte auquel il donne trop d'importance. Il ferait mieux de croire en lui-même et de juste nous raconter une bonne histoire avec ce qu'il faut de nouveauté s'il veut vraiment sortir de l'ombre du 1er film. Au fond le problème n'est pas que Renaissance soit moins bon que son prédécesseur, c'est qu'il ne semble jamais vraiment essayer. Il enchaîne les séquences d'actions sans véritable force ni vision. Puis à trop de reprise, je trouve les personnages cons et les situations trop prises à la légère. Comme si le film refusait d'embrasser tout ce que son potentiel peut offrir de force et de noirceur, bref de profondeur ! Comme s'il refusait d'être sérieux. Pourtant cela, il me semble que le 1er film y arrivait, malgré son cahier des charges de blockbuster tout aussi contraignant ! Les majors hollywoodiennes auraient-elles définitivement laisser tomber l'audace pour un cynisme rassurant ?

Au final il ne reste de ce sympathique divertissement que l'impression de voir une copie peu inspirée d'un film vieux de plus de 30 ans et quelques tentatives jamais abouties. Un blockbuster dont on sort avec une sensation de banalité. Alors continuer à tirer profit d'une saga de renom, oui, c'est compréhensible et c'est le jeu. Mais là ce n'est pas assez bon.

BERAN_
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le 6 juil. 2025

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