Le duo français du feel-good movie, Eric Toledano & Olivier Nakache, est de retour avec Juste une illusion, comédie sociale à l'immersion temporelle impressionnante et à l'effet dopaminergique instantané.
Chaque production du duo de réalisateurs assure un moment réconfortant : cette nouvelle proposition n'échappe pas à la règle en portrayant avec une grande sincérité et un brin d'humour cette famille dysfonctionnelle, plongée au milieu des années 80, période de grandes révolutions sociétales. L'esthétique de l'époque est alors retranscrite avec un grand sens du détail : costumes, décors, et surtout musiques ! La bande originale proposée ne peut que mettre de bonne humeur, pensant alors à cette splendide scène où Camille Cottin danse avec euphorie sur le mythique I'm So Excited des Pointer Sisters. L'interprétation de l'actrice, mais également de son conjoint de fiction, Louis Garrel, participe à la constitution d'une comédie pleinement réussie, mêlant la tendresse de l'adolescence avec la maladresse familiale, en faisant dès lors une œuvre pleinement touchante et attachante.
Maintenant, plus qu'une esthétique, les années 80 servent de théâtre de mutations sociétales importantes : l'œuvre s'ouvre sur une remarque profondément misogyne par le mari et se clôture par cette même épouse obtenant un travail, les droits de la femme semblent alors au cœur de l'œuvre. Mais ensuite, c'est vers SOS racisme et le mouvement "Touche pas à mon pote" que les projecteurs se tournent ; avant de bifurquer sur une blague (complètement barge d'ailleurs et merci pour ça) sur la place de l'homosexualité dans le débat public au milieu des années SIDA. Alors, bien que l'idée et l'intention soient excellentes, j'y trouve là un effet de catalogue complètement performatif, souvent lourd, empêchant une grande réflexion autour de "l'illusion" de cette période prolifique en progrès sociaux. L'illusion correspond elle à l'espoir de ces changements qui n'ont malheureusement pas pleinement abouti à l'heure actuelle ? Ou bien en celle d'une création d'emplois ne permettant pas à tous d'en bénéficier ? Ou encore au paradis et la croyance en ce dernier, multiplement mentionné ? La quantité thématique est absolument ahurissante, complétée par des références culturelles de l'époque plus ou moins pertinentes, mais qui empêchent de se concentrer sur une substance à tirer de toutes ces situations. Je ne retiendrai alors qu'une évidence : "les années 80 ont permis d'avancer sur tous les plans", et je trouve cela assez maigre en terme réflexif...
Bien que le descriptif prenne démesurément le pas sur le réflexif qui était attendu, le portrait fait des années 80 par Eric Toledano & Olivier Nakache permet à Juste une illusion de fonctionner pleinement, en tant que feel-good movie immersif au casting sincèrement attachant. La tendresse et l'humour mêlés avec parcimonie permettent de toucher sans jamais trop en faire, garantissant un moment rempli d'émotions.