Attention, cette critique comporte de nombreux spoiler


Par où commencer concernant Kaamelott Premier Volet…
A préciser que je suis un grand fan de la série, que j’ai regardé plusieurs fois en entier. La saison 6 est sortie en 2009, soit il y a 12 ans. J’étais assez inquiet de ce qu’allait donner le film, si longtemps après, avec des acteurs et un auteur peut-être vieillissants, ou du moins étant passé à autre chose. Une production chaotique pendant toute cette période (Alexandre Astier disait que l’histoire était prête dès 2012) ne présageant rien de bon non plus.
C’est donc avec des attentes assez pessimistes que je regarde le premier film de Kaamelott, mais espérant au fond de moi me tromper. Et malheureusement, je ne me tromperai pas vraiment.


Concernant l’humour lui-même, car il s’agit avant tout d’une comédie, il est assez inégal. Certains passages sont bien dosés, bien rythmés, et surtout bien joués, notamment avec Alain Chabat ou encore Lionnel Astier. D’autres passages sont du même acabit que la série: les répliques de Christian Clavier, François Rollin, ou même Alban Lenoir sont très bien délivrées malgré leur peu de temps d’écran. Ces passages n’ont cependant presque aucun impact sur l’histoire et restent superficiels.
Et malheureusement, le reste est très moyen, voire même assez mauvais. Les mascottes Perceval et Karadoc ne sont tout simplement plus drôles. Non pas que Franck Pitiot ou Jean-Christophe Hembert ne soient pas bons mais c’est l’écriture qui n’est pas au rendez-vous. Tout d’abord l’humour basé sur le fait qu’ils hurlent en se prenant pour des petits chefs, qui était déjà médiocre lors de la saison 5, redouble d’intensité pour encore plus d’effet navrant. Les personnages attachants, touchants et surprenants des premières saisons ont disparu, laissant place à des caricatures sans profondeur ni intérêt. Perceval en devient presque détestable et on peine à comprendre la raison de ce changement total de personnalité. Mais le plus triste sont les tentatives de reproduire l'humour des premières saisons qui nous sont si chères. Prenons l’exemple des situations où Arthur essaie de leur expliquer des choses simples mais qu’ils ne comprennent rien : comparez la scène des 200 pas, puis vous montez la garde du film à l’épisode Les Pisteurs de la saison 4, et on voit que le talent, ou l’envie, n’est plus au rendez-vous. L’essence de ce qui rendait ces personnages drôles mais attachants n’est plus là. Ce qui faisait toute la beauté de ces interactions c’est, et A.Astier le dit lui-même: “Ce qui est drôle dans une comédie, ce sont les personnages qui sont dépassés par les événements, par leur propre médiocrité, mais qui font de leur mieux” (je paraphrase). Malgré leur manque de facultés, ils essaient. Ils essayaient de comprendre. Ils essayaient de faire plaisir à leur mentor, Arthur. Ils n’essaient plus dans ce film.


Sur l’aspect technique, je crois que Alexandre Astier a eu les yeux plus gros que le ventre. Réaliser un film de cette ampleur et de cette ambition aurait sûrement eu besoin d’un réalisateur professionnel. On voit dans ce film ses limites, surtout sur les scènes d’action. Autant son jeu d’acteur et la musique sont toujours au rendez-vous, autant la mise en scène n’est pas au niveau. Le montage est très étrange, et toute scène qui demande du mouvement et du dynamisme ne rend pas comme il faudrait. Les plans fixes et larges sont plutôt bien réalisés quant à eux.


Concernant le scénario, si la structure tient la route, le rythme est bien trop effréné. Passer de Arthur caché aux confins du monde à Arthur a reconquis la Bretagne et a re-féderé tout le royaume autour de la Quête du Graal en seulement 2h de film ne me semble pas être faisable sans sacrifier la tension, le drame, le développement des personnages, et l’émotion.
Et c’est ce qu’il se passe. Le large casting de la série est présent dans sa quasi-intégralité, mais certains personnages ne font pas plus qu’un caméo. C’est là les limites du passage du format série au format film : les personnages sont globalement assez peu développés malgré ces 15 ans passés. On peut citer par exemple la courte présence de Mevanwi dont l’histoire pourrait pourtant être intéressante. Et, lorsqu’il est déjà difficile de raconter l’histoire des personnages qui nous avaient tant manqués, le spectateur est “bombardé” par la présentation des nombreux nouveaux personnages. Même si je comprends l’envie d’Alexandre Astier de développer une nouvelle génération de héros pour continuer à écrire l’histoire, leur présence ne fonctionne pas et peine à se fondre à l’univers de Kaamelott tandis que les dialogues ressemblent plutôt à une caricature de la série.
De plus, on passe d’un endroit à un autre sans trop de transition, les distances parcourues paraissent gigantesques, et pourtant tout va très vite et on a le sentiment que les personnages se téléportent au gré du scénario.


Le deuxième point faible du scénario concerne les flashback. On pourrait débattre de la pertinence des flashback dans les films mais on ne va pas s’étendre sur ce sujet et rester sur le cas Kaamelott. La place qu’ils occupent, pour raconter quelque chose de finalement très simple, a fortement participé à cette sensation de ‘trop vite’. La conclusion de tous ces flashback ne tient pas la route, essayant de nous expliquer pourquoi Arthur ne porte pas le coup fatal. Non seulement l’explication semble très tirée par les cheveux mais en plus les scènes ne retranscrivent absolument pas le traumatisme qu’aurait causé son action. Traumatisme qui, de plus, ne semble jamais avoir été abordé ou montré dans la série. Au contraire, le goût d’Arthur pour la guerre et la stratégie militaire y est à de nombreuses reprises traité : épisode du duel avec Hagop d’Arménie, il tue de nombreux soldats ennemis hors-champs dans les divers épisodes de bataille. Il n’a aussi aucun problème avec l’assassinat du chef Ostrogoth dans la saison 6, même si au final il ne le tue pas pour une toute autre raison. Bref, il faudrait revoir avec les timer mais je pense qu’on a bien 20 minutes de flashback pour expliquer quelque chose qui n’a jamais eu besoin d’explication, et qui de toute façon est incohérent. Il me paraitrait bien plus logique d’expliquer le fait qu’il épargne Lancelot en souvenir des années de camaraderies à leurs début, ou parce que ce dernier l’a sauvé lorsque qu’il a tenté de se suicider a la fin de la saison 5. Ou autre, je ne prétends pas avoir la solution, mais en tout cas quelque chose qui lie directement Arthur et Lancelot. Pas Arthur et un nouveau personnage qui n’a qu’une minute de temps d’écran au plus, et 2 ou 3 répliques. Plus logique, et plus fort émotionnellement, parce que introduire de nouveau personnages, qui n’ont aucune ligne de dialogue, pour nous montrer son traumatisme face au meutre ne fonctionne tout simplement pas selon moi.


Ce qui m’amène au point le plus critique de tout le scénario: Lancelot. L’antagoniste. Le méchant. Lancelot est tout simplement inexistant. Or, une histoire n’est émotionnellement aussi prenante que son antagoniste ne semble puissant et invincible pour le héros. Lancelot n’a que quelques scènes, et à aucun moment le film ne montre que Lancelot est le tyran sanguinaire qu’il est censé être. Son action la plus grave est de mettre un coup de tampon sur une carte… Il est dit à un moment au détour d’un dialogue où Arthur est présent que Lancelot met des enfants à mort. Il aurait été plus intéressant de montrer cela plutôt que 3 fois la même conversation avec les Saxons. Show, don’t tell.


En conclusion, ce premier volet est une déception. Je ne pensais pas que Kaamelott s'égarerait autant.
Je ne sais pas trop sur quoi le potentiel 2ème film pourrait enchaîner en partant de là. On reprend tout où on en était ? Arthur a repris espoir et veut mener la quête du Graal à nouveau ? Si oui, ça ne s’est vu à aucun moment. À aucun moment Arthur, le personnage principal depuis plus de 15 ans, n’a vécu de vrai changement dans ce film, de changement impactant, nous faisant ressentir son désespoir, sa colère ou sa déception, ni comment il réussit à conquérir ses faiblesses pour renaître de ses cendres. Toute la raison de sa descente dans la dépression, le fait qu’il n’ait pas d’enfant, n’est jamais ré-abordé. Ça aurait d’ailleur pu être une façon d’utiliser les nouveaux personnages, les enfants de Karadoc par exemple. Montrer que même si ce ne sont pas ses enfants, Arthur peut faire office de figure paternelle pour cette jeune génération qui veut reprendre espoir. Au contraire, il semble plutôt passif et spectateur de cette histoire dont il est censé être le personnage principal. Et c’est bien là la plus grande déception de toutes avec Kaamelott: Premier Volet.

NitroGlycerine
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le 1 déc. 2021

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