Le cinéma de genre français est souvent décrié, taxé de ne faire qu’une version low cost des productions américaines. Qu’en est-t-il ce coup là ?
Kandisha nous raconte comment une jeune banlieusarde dépassée par les conséquences de ses actes après avoir fait appel à la légende éponyme, une femme fantôme vengeresse issue du folklore marocain, afin de punir un homme l’ayant agressée. Avec l’aide de ses deux amies elle va tenter de mettre fin à ce cauchemar.
Réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury, duo nous ayant offert A l’intérieur, Aux yeux des vivants ou encore Leatherface, Kandisha a une histoire relativement compliquée. Si la mise en route du projet semble avoir été relativement fluide, le tournage court (moins de 30 jours), le budget limité et enfin la sortie compromise pour raison de pandémie ont transformé la naissance de ce film en épreuve de force. Cette remise en contexte est importante selon moi.
Faisons comme les deux comparses et évacuons d’emblée un point que les amateurs d’horreur auront déjà souligné : le principe rappelle bien Candyman, personne ne le niera et ce sera clairement évoqué dans une séquence référentielle dès le début.
La légende est clairement expliquée mais son utilisation est à double tranchant car si on sait qu’elle peut frapper quand bon lui semble et qu’aucun modus operandi n’est défini, rendant imprévisibles les attaques, ça créé également une difficulté à identifier un élément marquant autre que son apparence, à clairement définir la menace. Là où d’autres auraient abusé de jumpscares répétitifs, Bustillo et Maury choisissent eux de jouer sur sa silhouette ou sur sa forme changeante. Les meurtres, presque toujours hors champ (ce qui aurait été largement préférable à la « scène du lapin » celui-ci n’étant pas loin du ridicule), ont pour certains un résultat très impactant. L’aspect le plus décevant sera sur l’utilisation du lien entre l’invocatrice et l’esprit vengeur. On nous dit qu’elle est sensée voir par ses yeux, Kandisha lui disant clairement de regarder (je ne tenterai pas d’écrire le mot exact pour ne pas écorcher son orthographe), mais jamais on ne tentera de nous le faire ressentir autrement que par les mots. Autre soucis d’ordre scénaristique : l’enchainement des péripéties. Des éléments semblent manquer, donnant à l’ensemble un manque de fluidité naturelle, à certains personnages une existence artificielle et à certains arcs narratifs un sentiment d’inachevé. De la même manière, les exorcismes sont redondants et auraient peut être mérités d’être écrits de manière à être rassemblés en une seule séquence.
Mais, et j’y tiens à ce mais, Kandisha possède des qualités qu’il convient de souligner. Déjà le contexte de la cité est superbement utilisé et mis en valeur à travers des plans immersifs nous faisant ressentir une ambiance différente de Candyman et créant au film son identité propre. Le trio principal est plutôt attachant et surtout bien interprété. On croit à ses trois jeunes femmes, avec leurs qualités, défauts et failles et pour ma part j’ai beaucoup apprécié Amélie, ni antipathique ni héroïne, juste humaine dans ses réactions. Les différents effets pratiques, notamment l’apparence de Kandisha, sont très convaincants, tout comme la tenue technique de l’ensemble, ce qui doit être salué compte tenu du budget limité. On ne s’ennuie absolument pas jusqu’au final qui m’a beaucoup touché, autant dans le passage de flambeau que dans la douleur sans nom de ce père, mis à part la toute dernière séquence qui aurait pour moi dû être retirée (mais au moins l’hommage est complet). Mais ça c’est pour moi de la générosité, une générosité issue de nos deux réalisateurs qui ont l’immense qualité de croire en chacun de leurs projets, d’aimer ce cinéma qu’on aime tous et de vouloir régaler le public de la même manière que eux ont pu l’être devant d’autres oeuvres. Et rien que ça, je trouve ça beau dans une époque où le cynisme est roi.
Alors, au final, avant de chercher à faire l’autopsie d’un certain type de cinéma français (qui a pourtant bel et bien exister, n’en déplaise à certains, avec des chefs d’oeuvre intemporels tel que Les yeux sans visage), ne vaudrait il pas mieux chercher à l’encourager, car si effectivement Kandisha possède de nombreux défauts, la sincérité de ses artisans mérite à elle seule notre soutien. Il est d’ailleurs intéressant de souligner qu’ils ont plus de succès et de reconnaissances aux Etats-Unis. Merci à eux, car en tant que cinéphile rêvant de cinéma continuellement, j’ai plus besoin de ça que d’autres succès public dont je ne citerai même pas les noms.