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Ken Loach est identifié comme le « mr social » du cinéma britannique. L'ensemble de son œuvre s'intéresse à la classe ouvrière. Engagé à gauche (une gauche rouge), il vit parmi ceux qu'il représente. Il s'exprime régulièrement sur la vie politique étrangère et soutient des candidats de gauche radicale en France lors des élections principales (le NPA en 2007 par exemple). Loach a commencé sa carrière en 1962, fournissant à la télévision des fictions basées sur des faits réels. En 1967, il tourne son premier long-métrage, Pas de larmes pour Joy, à propos d'une jeune mère de famille égarée. Deux ans plus tard, Kes est très remarqué et nominé aux BAFTA ; plus tard, il sera intégré au Top 100 British Film Institute et à la 'BFI list of the 50 films you should see by the age of 14'.


Kes est le nom d'un faucon crécelle (« kestrel » en anglais) découvert lors d'une virée dans les bois par un gamin solitaire. En s'appropriant l'animal, Billy Casper trouve plus qu'un ami ou un passe-temps. Pour ce garçon de douze ans c'est un moyen de sortir de son errance et de tromper l'absurdité programmée de son existence. Tout ce qu'il consacre au dressage de ce faucon est un investissement rentable, visible et gratifiant. Lorsqu'il en fait le sujet d'un exposé à l'école, il change de rôle auprès des autres. Il cesse un moment d'être le paumé lunaire de service ; ses camarades écoutent, son professeur s'intéresse à lui et l'approchera hors des heures de cours, intrigué par son engagement et ravi de le voir déployer cette énergie (même si Billy ne relève pas ou peu). Billy est encore loin de se tirer de son milieu, mais il peut déjà en faire abstraction et y vivre autrement qu'en otage quelconque.


La mise en cause de sa lubie serait plus qu'une mesquinerie ; ce serait nier le premier élan constructeur sérieux de sa vie et l'amener à réaliser la tristesse de sa condition, dont il sentait déjà le poids sans en connaître la nature. Les démonstrations 'sociales' de Ken Loach sont transparentes et efficaces, mais le film ne leur doit pas sa force. Kes donne à voir la vie pour un pré-ado dans un milieu étriqué, avec un entourage pas méchant, mais aliéné. Frère violent, mère aveugle bien qu'ambitieuse, proches répressifs et indifférents ; tous usés par leur 'destin', bornés par dépit et ignorance (ou confort, surtout pour les 'proches') plus que par volonté. Kes n'est pas un réquisitoire braqué sur des vices sociaux, il ne pointe pas d'ennemis ni de caractères lisses ; Loach est une espèce d'analyste froid et d'accompagnant empathique (Rossellini est proche – Allemagne année zéro, Europe 51), il met le discours éventuel loin derrière ses sujets.


C'est l'intelligence de ce cinéma, confirmée par la suite, notamment au travers de Family Life (1971), où les 'méchants' (ou antagonistes a-priori du héros), c'est-à-dire les parents, le sont car impuissants, chacun à leur manière. Avec Kes, Loach dit beaucoup sur la pauvreté 'banale', non-spectaculaire ; il montre les implications de la médiocrité économique et sociale, la profonde négativité d'un tel état, la façon dont le jugement peut s'obscurcir lorsqu'on est noyé dans des situations ingrates, des environnements où l'inertie finit d'enterrer les demi-éveillés ou demi-volontaires. Surtout il montre comment on tue les espoirs naissants d'un enfant. Si on pousse Billy à s'écraser, ce n'est pas par solidarité, c'est par réflexe ; si on tire un trait sur ce qu'il aime, par habitude de s'entretenir dans l'obscurité et d'avoir toutes les portes fermées. Si l'habitude est une ennemie, pour les nabots c'est le ciment de la damnation.


https://zogarok.wordpress.com/2015/12/08/kes/

Zogarok

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