Alexe Poukine vient du documentaire et cela se voit, assez souvent pour le meilleur, dans son premier long métrage de fiction, Kika, qui n'a bien sûr rien à voir avec l’œuvre éponyme d'un certain cinéaste espagnol. Durant plus de la moitié du film, la réalisatrice nous enchante avec le portrait d'une assistante sociale dévouée qui va devoir encaisser les coups du destin, sans que le récit ne perde de sa fraîcheur ni de son humour toujours bien placé. Dans la deuxième partie de Kika, l'aspect documentaire tend cependant à s'imposer, au détriment du "romanesque", en explorant le monde trouble du BDSM, certes montré sans excès de voyeurisme mais sur un mode un peu répétitif. Le portrait de femme, si juste et palpitant auparavant, se dilue alors dans une succession de vignettes qui ne font pas dérailler le film mais l'orientent dans une autre direction, pas forcément celle qu'on attendait. Reste un métrage globalement attachant, entre réalisme pur et dur et pittoresque jamais malaisant, porté une actrice d'exception, Manon Clavel, dont la découverte d'un univers nouveau se fait avec un mélange de candeur, d'étonnement et de détermination, qui permet à tout un chacun, de s'identifier à elle, avec le recul et la bienveillance nécessaires, devant des pratiques qui sont, pour la majorité d'entre nous, peu familières. Ou quand le social est en souffrance, dans l'acception multiple du terme.