Dans un film imprévisible et elliptique, intrigant et surprenant, Alexe Poukine met en scène un personnage solide et novateur, une jeune femme Kika( singulière Manon Clavel) aux prises avec le réel de la détresse sociale, de la mort, de l’argent et de ce que c’est que survivre ou tenir dignement, avec une forme de simplicité tenace face aux vices de la réalité.
Kika assistante sociale droite et intègre tente d’aider avec le plus de loyauté possible ceux qui font la queue devant son bureau. D’emblée l’on est saisi par la clarté limpide du timbre de Manon Clavel. Tout est régulé avec douceur et pugnacité dans ce réel qui cogne. Puis surgit une histoire d’amour. Aussi lumineuse et gracieuse que la voix de Kika est grave. Puis le film bifurque. Et c’est étonnant cette liberté de la structure narrative de Kika, comme l’est la vie sans arc-narratif. Quand bien même les écoles, la Femis ou autre convainquent du contraire.
Commence alors une autre vie pour Kika, un autre réel qui la somme de gagner plus, de chercher un nouvel appartement, Kika fait la poissoniere et la prostituée spécialisée en dominatrice.
Là encore prévaut son engagement entier, son dévouement sans émoi à apprendre ces nouveaux métiers. Nul voyeurisme ou misérabilisme dans cette manière pour la cinéaste Alexe Poukine de montrer l’apprentissage de ce que peut être « dominer », «humilier » un corps en tant que pratique sexuelle. Kika découvre sans naïveté sans candeur mais avec la sincérité de ceux qui cherchent à bien faire, à comprendre le sens du travail choisi et l'effet que cela peut avoir sur/ pour l'autre et pour soi.
Kika oscille entre le cocasse, le scabreux ou l’absurde de certaines situations et la sincérité et implication entière du personnage les traversant avec bonté, exigence et foi.
C’est totalement réussi, harmonieux, tendre, original et jusqu’au boutiste.