J’avais vu ce 1er Kill Bill à sa sortie en 2003 et j’en étais sorti agacé alors que Tarantino est un cinéaste que j’aime d’habitude. Et j’ai voulu le revoir 23 ans plus tard mais le constat est le même. Quelque chose ne passe pas dans ce « volume 1 » alors que la suite m’a bien plus convaincu. Visuellement, il est impressionnant, c’est vrai. Tarantino connaît tous ses classiques sur le bout des doigts et les recycle à sa sauce de manière brillante, n’hésitant pas à jouer avec la chronologie. Les clins d’œil à de nombreux styles cinématographiques foisonnent et il faut une sacrée maîtrise pour réussir à ne pas s’y perdre. Là-dessus Tarantino est très fort : films de kung-fu (avec la tenue d’Unma Thurman en hommage à Bruce Lee dans « Le jeu de la mort »), films de samouraïs (chanbara), western spaghetti…Et puis, tiens, dans l’histoire de cette veuve qui veut absolument se venger de toutes les personnes qui l’ont laissée agonisante le jour de ses noces, j’ai pensé à la Jeanne Moreau de « La mariée était en noir ». Connaissant la cinéphilie pointue de Tarantino et son admiration pour la Nouvelle Vague, je me suis dit que le thème de la vengeance implacable d’une femme qui n’a plus rien à perdre venait peut-être du film de Truffaut. Côté musiques, comme toujours, Tarantino nous offre une B.O. aux petits oignons entre Bernard Hermann, Luis Bacalov, Quincy Jones ou encore Isaac Hayes et pour les chansons Nancy Sinatra et le rockabilly du groupe nippon The 5.6.7.8's !
Loin d’être un fourre-tout indigeste, tout ça se tient et en particulier lors du combat entre la mariée (Unma Thurman) et O-Ren Ishii (Lucy Liu), la photographie est magnifique, chaque geste est vu comme une chorégraphie. Maintenant, qu’est-ce qui coince ? Je crois que c’est le fond qui me gêne. Pendant près de 2h, on n’a droit qu’à une suite de combats ultra-violents, voire totalement grand-guignolesques à grands coups de têtes, bras, jambes tranchées et de geysers de sang, même dans la partie dessin animé qui nous raconte l’enfance de O-Ren Ishii façon manga. Et rien d’autre en fait, le film se résume à ça : la Mariée élimine les personnages les uns après les autres, voilà le résumé du film. Tarantino se contrefout de la psychologie de ses personnages, il est dans l’action pure et répétitive. Ça pourrait être fun mais j’avais trouvé ça monotone et même tombant dans la provocation gratuite quand par exemple la Mariée tue Vernita Green devant sa fille, lui laissant la possibilité de se venger quand elle sera plus vieille ou encore quand elle comprend que durant ses quatre ans de comas, elle a été violée par l’infirmier de service et les hommes qu’il faisait payer. Beaucoup y voient un chef d’œuvre, un superbe portrait de femme résiliente…Moi je suis dubitatif, reconnaissant la réussite formelle tout en le trouvant absolument creux dans le fond. J’ai été bien plus convaincu par le 2e épisode plus varié et dans lequel les hommes (David Carradine, Michael Madsen) dégustent. Tiens, je me suis dit qu’un seul film de 2h30 avec les deux épisodes m’aurait suffi, avec une action plus ramassée et moins répétitive. Mais Tarantino voulait peut-être jouer à la manière d’un feuilleton à suivre.