Jay ne va pas très bien. Depuis son retour de Kiev il y a 8 mois, ce militaire britannique semble gagné par des démons qui font de lui un mari et un père irascibles, en permanence au bord de l'explosion. A la faveur d'un dîner avec un ami, ce dernier lui propose de mettre un peu de beurre dans les épinards en devenant tueur à gages pour le compte d'une sombre organisation. Voilà donc le duo qui s'embarque dans sa première mission - qui ne sera pas la dernière.
Dès l'ouverture, la tension est palpable. Engueulades conjugales, brimades, regards torves et explosions de colère : une menace semble peser sur ce foyer, amplifiée par une bande-son glaçante et cacophonique du meilleur effet. Le scénario distille par touches des éléments mystérieux qui ne seront pas forcément expliqués mais qui contribuent à installer une angoisse quasi-permanente. Mais c'est surtout quand les deux amis démarrent leur macabre entreprise que les choses prennent une tournure véritablement terrifiante.
Jay ne l'avouera jamais mais, à Kiev, sur le terrain, il a visiblement pris goût au crime, à la boucherie.Il faut voir le sourire satisfait qui est le sien après avoir refroidi un prêtre, la frénésie criminelle qui s'empare de tout son être au moment de tuer. A cet égard, j'ai trouvé le jeu de Neil Maskell à la fois totalement fou et parfaitement réaliste, ce qui crée bien évidemment un climat de malaise intense.
Âmes sensibles, en revanche : méfiez-vous. Il est des scènes que, de toute façon, il n'est pas vraiment possible - ni souhaitable - de soutenir du regard : la violence radicale, la cruauté de certains moments m'ont terrifiée, mais je les ai trouvés d'une efficacité absolument remarquable dans leur radicalité. C'est affreux, mais c'est très bien fait et il est impossible de quitter l'écran des yeux, ni de s'ennuyer une seconde. La photographie de nuit installe un suspense prompt à faire tachycarder n'importe qui et on se demande jusqu'où va aller cette épopée criminelle. La construction narrative est également très bien pensée, puisque scindée en différents "chapitres" dont le titre apparaît en gros à l'écran, un peu à la Gaspar Noé dans Seul contre tous.
Où ce film nous embarque-t-il ? En enfer, dans la folie furieuse, dans de mystérieux brouillards en flammes, dans l'horreur toute nue. La scène de fin - cette cérémonie païenne et cruelle qui fait tomber les masques - m'a énormément rappelé les atmosphères à la fois belles et bizarres de Lynch, tout en m'évoquant aussi l'esthétique ambiguë d'un Eyes Wide Shut.
Je ne spoilerai pas ici pour ne pas gâter la surprise mais le finish de Kill List est sans doute l'un des plus traumatisants qu'il m'ait été donné de voir.
Accrochez-vous bien, mais voyez-le absolument.