Moi qui était en quête d'une petite bouse aquatique sympathique façon The Bayou, j'ai été agréablement surpris par ce Kraken - c'est sans doute parce que c'est un film norvégien et non américain. Entendons-nous bien, ce n'est bien sûr pas le film de l'année, mais on est pour autant loin du complet navet (il faut parfois savoir voir de très mauvaises films pour en apprécier d'autant plus les bons).
Réalisé par Pål Øie (ne me demandez pas comment ça se prononce), il s'agit du 5e film d'un cinéaste qui semble s'être spécialisé dans le genre nordique, sans véritablement percer jusqu'ici.
Le bon côté du film, c'est de nous avoir appris deux choses : la première, que les Fjords norvégiens peuvent avoir une profondeur allant jusqu'à 1300m, c'est pas rien ; la deuxième, c'est que les saumons aussi peuvent avoir des poux !
L'héroïne s'appelle Johanne, elle est biologiste marine et est envoyée dans son petit village natal au bord d'un Fjord pour effectuer une inspection dans une exploitation de saumons suite à un phénomène étrange filmé par les gamins du coin : des centaines de poissons qui se ruent hors de l'eau. La ferme aquatique est à la pointe de la technologie et utilise un outil basé sur les ultrasons qu'elle a justement mis au point pour contrôler la santé des saumons, et les protéger des parasites comme les poux marins.
Outre le comportement anormal des poissons, le village est en émoi après la disparition de deux ados vacanciers qui passaient leur meilleure vie en faisant du jet ski sur le Fjord.
L'inspection de Johanne tombe au mauvais moment pour le grand propriétaire de la ferme à saumons, Avaldsnes : c'est pile le moment où il reçoit une délégation d'investisseurs japonais, prêt à miser gros sur son business. Il ne faut pas longtemps à Johanne pour découvrir le pot aux roses : pour séduire les Japs, Avaldsnes a ordonné de pousser les sonic groomers bien au delà des recommandations et du niveau légal.
On s'en doute rien qu'avec le titre, les puissants ultrasons ont réveillé une créature endormie, l'immense Kraken. Celui-ci est remonté à la surface et attaque tout ce qui produit du bruit et dérange la quiétude des eaux. Sans atteindre la tension dramatique d'un Sans un bruit, cet élément d'intrigue - rester discret et ne pas émettre de son - est assez bienvenue.
Kraken est bien rythmé, sans temps mort : en tant que spectateur je n'ai pour ma part pas décroché, ce qui, sur ce genre de films, est une bonne nouvelle.
Alors évidemment, le film souffre de son budget resserré : le monstre, grand comme un immeuble de 3 étages, fait carton-pâte ; et ses tentacules en CGI empêchent d'y croire totalement.
Pour autant, Kraken compte plusieurs bonnes idées. La première, c'est de ne montrer le monstre qu'en fin de film. Le réalisateur connait vraisemblablement ses classiques - je parle des Dents de la mer - et sait qu'un être malveillant est d'autant plus effrayant quand le spectateur le devine sans le voir. L'autre bonne idée, c'est d'avoir imaginé des poux géants (ceux du Kraken, restés endormis avec lui durant des décennies), de la taille d'un couvercle de poubelle, qui vont pouvoir se glisser dans la ferme aquatique, rampant dans les conduits d'aération et s'infiltrant là où les tentacules du Kraken ne peuvent aller.
Comme souvent, Kraken est sans doute un film oubliable, mais offre sur le moment un bon moment de genre !