Krisha
6.4
Krisha

Film de Trey Edward Shults (2015)

Voir le film

On a tous un élément un peu bâtard qui gravite au sein de la cellule familiale. Ici, c’est annoncé d’office, c’est notre personnage principal, et on devine à la façon empruntée et mielleuse dont les gens la traitent qu’elle a un gros bagage et qu’elle est un peu instable. Tout ce joli monde se réunit pour fêter Thanksgiving et tient un rôle bien précis dans la mascarade qui se joue ; mais malgré les efforts pour dissimuler les cadavres sous le tapis, ça empeste les vieilles rancoeurs.
Krisha est un film qui, sous la forme audacieuse du thriller, exploite et exacerbe ce sentiment d’inconfort extrême qu’on ressent lorsqu’on assiste impuissant à l’introduction d’un protagoniste incontrôlable dans une mascarade bien huilée. Et notre protagoniste, c’est cette sœur/tante/mère dont on sait qu’elle risque de pourrir l’ambiance à tout moment, et qu’on déteste un peu pour ça : les plus cons la provoquent, les autres l’évitent et quand ils n’y parviennent pas, la caressent dans le sens du poil pour sauver la soirée. Finalement, le passé et les ressentiments qui se décomposent dans les placards de la famille de Krisha n’ont pas grande importance, le film se déploie tout entier autour de la tension palpable qui traverse, à travers la musique et la mise en scène, cette chronique d’un désastre annoncé.
On est quand même tentés d’y voir un rictus sarcastique adressé au théâtre des relations sociales, où chacun respecte les conventions et où l’irrévérencieux qui n’en fait autant est discrètement évincé. Plus étouffante encore, la cellule familiale hypocrite qui cherche à tout prix à sauver les apparences en amputant le membre gangréné (c’est Krisha), le terreau de bons sentiments dans lequel germent les pires cruautés.
Alors en vrai il se passe pas grand-chose, mais Trey Shults (comme dans It comes at night) arrive à donner corps, grâce à sa mise en scène, à la menace ineffable qui plane. Ça donne un curieux décalage fond/forme (drame familial sirupeux/thriller psychologique voire d’épouvante), et ça fait la part belle à un malaise épais et poisseux qui va bien.

EstherQuernai
7
Écrit par

Créée

le 23 janv. 2018

Critique lue 351 fois

EstherQuernai

Écrit par

Critique lue 351 fois

5

D'autres avis sur Krisha

Krisha

Krisha

7

EstherQuernai

24 critiques

Le membre fantôme

On a tous un élément un peu bâtard qui gravite au sein de la cellule familiale. Ici, c’est annoncé d’office, c’est notre personnage principal, et on devine à la façon empruntée et mielleuse dont les...

le 23 janv. 2018

Krisha

Krisha

8

RicowRay

762 critiques

Défaite de famille

J'emprunte le titre d'Orelsan car il ne pourrait pas mieux convenir à Krisha. Mais laissez immédiatement de côté le caractère humoristique du morceau car ici l'atmosphère est toute autre. Pas de...

le 4 mars 2020

Krisha

Krisha

7

DavidRumeaux

4934 critiques

Krisha !

Des vacances en famille et une grand mére qui voudrait réparer des erreurs passées. Voici un pitch à priori simple qui débouche sur un film qui l'est moins... Krisha est donc la grand mére en...

le 5 févr. 2018

Du même critique

Ghostland

Ghostland

8

EstherQuernai

24 critiques

Les petites marionnettes

Vu lors de la reprise Gerardmer à la cinémathèque, Ghostland a fait salle (presque) comble, la faute à Mylène ou à une belle promo à base de grand prix; toujours est-il qu'il est délicat pour une...

le 10 févr. 2018

Wounds

Wounds

6

EstherQuernai

24 critiques

Plaies ouvertes et métaphores bancales (spoilers de partout)

Après avoir regardé bon nombre de productions Netflix estampillées horreur tristement creuses (je pense notamment à l'affreuse et malhonnête série Chambers, l'insipide Dans les hautes herbes, ou le...

le 28 avr. 2020

Spider-Man

Spider-Man

9

EstherQuernai

24 critiques

Who am I? I'm Spider-Man

Meilleure adaptation Marvel de tous les temps, rien que le générique (bien long, bien 2000, genre on se demande si on n’a pas fait un black-out pendant le film et en fait c’est le générique de fin)...

le 19 mars 2018