L’assassinat odieux de Samuel Paty a a tellement marqué les esprits et horrifié notre pays, que je n’ose même pas imaginer le niveau de pression avec lequel Vincent Garenq a dû composer pour faire ce film. Après avoir vu le film, j’ai la quasi-certitude qu’il a voulu, en premier lieu, désamorcer les potentielles accusations de réaliser un film qui allait être récupéré par l’extrême droite et qui allait stigmatiser les musulmans. Je le perçois à la manière avec laquelle, dans sa mise en scène, il semble que sa priorité fût surtout de respecter les faits tels qu’ils se sont produits et les paroles telles qu’elles ont été dites. J’ai été assez désagréablement troublé par la direction d’acteurs : les répliques m’ont paru très récitées et assez peu incarnées par les acteurs. Cela s’entend même sur pas mal de répliques où les mots-clés sont même accentués par la diction des acteurs. Le scénario m’a semblé suivre un fil trop précis de l’histoire où les personnages n’existent que par l’influence qu’ils ont sur le destin de Samuel Paty (interprété par Antoine Reinartz) et ce dernier m’a paru être le seul à avoir eu un véritable développement au cours du film.
Autre point, le film s’appelle “L’abandon” parce qu’il est supposé montrer le destin tragique d’un homme abandonné par des gens qui auraient pu l’aider à éviter son assassinat. Or, on voit tout au long du film, toutes les personnes autour de lui se soucier de lui (la directrice du collège, ses collègues, les parents d’élèves, le rectorat, la police) et avoir la volonté de le protéger. Seuls quelques professeurs, plus concernés par leur image que par la sécurité de Samuel Paty, le lâche. L’abandon n’est jamais montré au cours du film et ce n’est qu’à la fin du film qu’il y a une petite scène où l’on entend un membre de la brigade anti-terroriste énumérer toutes les erreurs de la police.
J’ai néanmoins noté comme point positif, le fait que la mise en scène a su faire monter la tension progressivement autour de Samuel Paty et créer le climat anxiogène qu’elle souhaitait instaurer.
Je conclurai cette critique en disant que même si le film a la vocation d'être d'utilité publique, cela n'en fait pas une qualité cinématographique. Mais il a au moins le mérite de nous rappeler que nous devons faire en sorte que les professeurs puissent être en mesure d'enseigner ce qu'est la laïcité aux plus jeunes sans risquer leur vie en le faisant.
Tous mes hommages à Samuel Paty.