Au-delà de son esthétique de documentaire true crime digne de Netflix, sous couvert de dignité et de mesure, qui s'enfonce dans le mauvais goût au point (ils vont jusqu'à montrer la tête coupée de Samuel Paty, on fait difficilement plus dégueulasse) d'en devenir pathétique (tout est fait pour tirer les larmes et privilégier l'émotion à réflexion politique dans un film qui fait l'amalgame), le film est surtout un pamphlet raciste et islamophobe. Tiré d'un livre écrit par un journaliste officiant à Sud Radio, radio d'extrême droite s'il en est, et à la campagne de Le Pen en 2022 L'abandon est à l'image de son esthétique, une œuvre profondément fasciste.
Évacuons rapidement la question du cinéma, absente ici. Comme dit plus haut, c'est moche, mal joué, mal filmé. Mais c'est à dessin, le propos est au niveau de son esthétique. Zéro réalisme, d'ailleurs sur le déroulement d'un cours d'EMC, sur la vie au collège (des collégiens qui ressemblent à des élèves de terminale pour certains), sur la posture du professeur etc. Le premier constat est que c'est un enchainement de caricatures racistes, que ce soit l'accent, les expressions, les tenues etc. Les musulmans y sont représentés comme semant la division ou tout gentil. Faisant plutôt ironiquement écho au mensonge de Bashira; "il y a les gentils musulmans et les autres". D'ailleurs, le film est misogyne. En effet, les seuls personnages musulmans positifs sont les femmes. Soit sous emprise de la domination patriarcale de l'homme arabe et ne demandant qu'à être libéré par la laïcité (on y reviendra plus loin), soit bien "intégrées" en gentille mère de famille. Là encore, c'est la mobilisation d'un imaginaire islamophobe et raciste, avec l'idée qu'il faut libérer les femmes.
Deuxième constat, le film s'appuie sur la thèse raciste et islamophobe de "L'islamophobie n'existe pas et c'est une invention des Frères musulmans pour semer le chaos en France", thèse si chère à Darmanin et à l'extrême droite. On peut donc dire sans trop se forcer que c'est un film fasciste. A quoi, le voit-on me dirait vous ? Eh bien, les seuls à parler d'islamophobie durant tout le film, ce sont les islamistes salafisto-frèristes. Ce sont eux qui viennent semer la discorde dans le collège, où avant l'équipe éducative, les élèves et les parents s'entendaient bien.
Là où le film ment, c'est lorsqu'il présente le père ou le terroriste comme de banals musulmans alors que les deux sont déjà dans les milieux radicalisés (la demi soeur du père est en Syrie ou que le terroriste a grandi dans ce milieu et son daron a hébergé des mecs d'Al Qaida chez lui, par exemple).
En sous-texte, il nous faut comprendre que oui, l'islamophobie, ça n'existe pas en France et que ce sont les vils salafistes qui avancent dans l'ombre, dans leurs atours les plus caricaturaux, pour semer le chaos, faire tomber la République et mettre en place un Califat et à la Sharia. A ce titre, parlons un peu du dévoilement de la fille du prédicateur salafiste (avec un lien appuyé à la solidarité avec la Palestine...), qui se dévoile à la fin du film. Elle fait bien ce qu'elle veut mais la mise en scène et le texte n'est pas sans rappeler les cérémonies de dévoilement organisées par l'Armée française durant la guerre d'Algérie ou plus près de nous, les attaques répétées contre le voile de l'extrême droite ou de mouvements comme le Printemps Républicain. Ou encore, l'autre professeur d'histoire-géo qui finit par présenter ses excuses à tous les musulmans, sorte de caricature du prof de gauche soumis à la doctrine islamophobe. Je vous jure, c'est à peine croyable.
D'ailleurs, il est où ce fameux abandon ? Est il avec nous dans ce film ? Tout pointe vers le contraire dans la narration. Preuve s'il en est, que l'objectif est de servir un discours islamophobe et raciste.
Mais, peut-être le seul point positif de cette hagiographie qui en devient nauséabonde une fois le discours politique en place, c'est que Samuel Paty a été faillible et le film ne renie pas qu'il ait commis une erreur pédagogique en proposant aux élèves de sortir de la salle. Bien sûr, que son assassinat est un attentat islamiste. Bien sûr, que ça n'aurait jamais dû arrivé. Personne, sauf deux ou trois excités, ne dit le contraire. Mais il n'en reste pas moins que dans sa narration et son ton, le film est raciste et islamophobe. Et il arrive à un moment politique (à l'UGC, nouvelle prise de Bolloré), où il ne peut que nourrir le fascisme qui vient.