L’Abandon m’a marqué justement parce qu’il n’y a jamais de véritable montée radicale de la tension. Le film garde presque toujours le même rythme épars, quotidien, administratif, celui de la vie à l’école elle-même. Et c’est peut-être là que réside sa force, puisque nous attendons malheureusement tous l’acte final impardonnable.
Le titre finit aussi par dépasser la seule question institutionnelle. La vie de Samuel Paty avec son fils paraît elle-même fragmentée, partagée avec une présence familiale lointaine et silencieuse. De la même manière, la collégienne à l’origine, dans le film, d’une version mensongère n’était même pas présente à l’école ce jour-là. Toutes ces vies semblent traversées par une forme d’abandon diffus.
L’acteur Antoine Reinartz, que j’avais récemment vu dans Love Me Tender avec Vicky Krieps, m’a aussi surpris ici. Son interprétation de Samuel Paty est presque caricaturale par moments : après tout, c’est ce professeur qui montre des caricatures à ses élèves et tient son cahier de blagues.
Le film finit surtout par montrer à quel point l’enseignement est un immense travail. Les professeurs continuent à mener leur vie, à espérer atteindre le week-end ou les vacances en comptant les jours, alors même que ce qui est montré ou dit dans une salle de classe peut avoir un impact grave sur la vie de quelqu’un.
Je comprends cependant, à la lumière notamment de ce que j’ai pu lire dans Libé, les critiques de certains enseignants concernant l’image donnée de l’Éducation nationale et des collègues de Samuel Paty, parfois montrés comme plus divisés ou absents qu’ils ne l’étaient réellement. Qu’est-ce qu’on peut réellement savoir de la réalité ? Il reste malgré tout une forme de froideur, que l’on ressent jusque dans les crédits de fin.
Une phrase du film me reste enfin en tête, même si je la cite sans doute mal : « Une grande âme veut aimer l’humanité. »
Un film bienvenu en cette période particulièrement froide à Paris.
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