Six ans après les faits, on peut se poser des questions sur l'opportunisme d'un tel film qui sortirait maintenant à un an de prochaines échéances électorales cruciales en France. Mais, au-delà de polémiques et de réactions publiques immédiates, trop émotionnelles ou caricaturales, je m'en tiendrais ici à une analyse plus nuancée de l’œuvre en elle-même.
Déjà, il s'agit moins d'un film qui chercherait à essentialiser ou stigmatiser les musulmans qu'un film qui tente, malgré tout, de reconstituer tout l'engrenage social, médiatique, institutionnel et criminel qui ont hélas conduit à l'assassinat de Samuel Paty.
Ce film ne se base que sur des faits. Il s'agit ici de montrer toute la mécanique du mensonge initial, puis l'emballement des réseaux sociaux, les défaillances collectives puis la pression communautaire et médiatique qui aboutissent à l'isolement progressif d'un homme et enfin la récupération par un terroriste.
Autrement dit, ce film montre seulement un processus, il ne désigne pas, comme certains se sont ingéniés à le décrier, une population entière. Ce n'est pas du tout la même chose.
Le seul point que je pourrais reprocher à ce film, c'est de montrer l'acte final en lui-même, brut et sans filtres. C'est là que le film glisse dans le voyeurisme. Ceci dit j'accepte que le film aille jusqu'au bout de sa logique tragique mais il existe une limite entre raconter un meurtre terroriste et exposer de nouveau visuellement la profanation d'un corps. D'ailleurs, ce que l'on peut noter sur la fin du film, en nous faisant revivre l'hommage réel à Samuel Paty avec ses mains qui se rejoignent apporte une conclusion humaine et collective plutôt qu'un discours de haine.
Et au final, ce film est une manière de faire le deuil et de nous questionner plutôt que désigner un éventuel ennemi. Il y a des oeuvres qui comptent surtout parce qu'elles obligent une société à revisiter un événement traumatisant. Pas forcément parce qu'elles révolutionnent la mise en scène ou l'écriture.
Juste parce qu'elles sont nécessaires.