L'Abandon
6.3
L'Abandon

Film de Vincent Garenq (2026)

L’abandon : Les conséquences impensables d’un mensonge répété et amplifié

Vincent Garenq surprend le public qui ne le connaîtrait pas encore, avec son nouveau film, en ouvrant le festival de Cannes 2026. Une sortie assez inattendue dont la production est restée secrète jusqu’au dernier moment. Le réalisateur n’en est pas à son premier coup d’essai pour aborder des sujets complexes et sensibles comme l’Affaire Outreau dans Présumé coupable, l’inceste avec Au nom de ma fille ou encore celui politique avec l’Enquête sur l’affaire Clearstream. La thématique du mensonge et ses conséquences est systématiquement présente dans ses œuvres. Sauf qu’ici, cela va prendre une ampleur sans précédent dans un laps de temps relativement court : 11 jours. Tout en impactant durablement l’Education Nationale et par truchement la société française encore aujourd’hui.


Depuis sa projection à Cannes, L’abandon ne laisse pas indifférent entre ceux qui se moquent, en rient (sérieusement !) ou le rejettent avec force, notamment certains youtubeurs cinéma, en se focalisant sur la récupération politique dont certains pourraient se servir pour la future élection présidentielle française. La propagande des médias et des réseaux sociaux est déjà très active au quotidien pour polariser les masses sur ce terrain là.


Avant de laisser parler ses émotions, prenons un peu de recul car la production du film a débuté en 2022 sous la direction de Brigitte Maccioni, bien avant l’entrée de Canal + dans le capital du groupe UGC. On évoque également la particularité de son producteur Stéphane Simon sauf que ce n'est pas le seul, ici. Vous sentez venir le procès d’intention ? Dénigrer le film uniquement avec ses arguments, c’est occulter ses autres aspects et qualités.


Tout le monde ne l’appréhende pas de la même manière car un des problèmes soulevés concerne les activités de certains intégristes et ceux qui se laissent manipuler par eux. Limiter l’impact du film à ce simple constat serait nier toutes les autres problématiques abordées dans ce film comme :

• la désobéissance et la violence grandissante des élèves avec notamment celle de 4ème par qui tout arrive,

• la gestion délicate de situations devenant virales sur les réseaux sociaux

• des procédures lourdes et contraignantes pour maintenir la sécurité du personnel et des établissements contre des menaces externes,

• Un manque criant et révoltant de communications entre les différents (trop nombreux) services pour être réellement efficients


Tout part d’un mensonge prenant des proportions stupéfiantes d’après une interprétation erronée de ce qui s’est passé lors d’un cours. Le professeur ne voulait froisser aucun de ses élèves de 4ème, en fonction de leur sensibilité propre, sans aucune discrimination religieuse, en abordant le dilemme moral de la liberté d’expression. Et pourtant, malgré les démarches entreprises et l’investissement du personnel de l’établissement, cela aboutira malgré tout à la mort du professeur : Samuel Paty.


Aidé par l’une des sœurs de l’enseignant décédé sur le scénario, Vincent Garenq décide de filmer, de manière réaliste et documentée, l’engrenage implacable dans lequel les circonstances l’isolent de plus en plus, dans un temps relativement court. Cet homme prend les traits d’Anthony Reinartz, l’avocat général particulièrement agressif dans l’Anatomie d’une Chute ou le professeur souffre-douleur dans La vie Scolaire. Sa prestation est juste, tout en retenue, car on ressent bien la solitude de cet homme acculé devant faire face à une situation inédite. Mais aussi son abandon, suite à une désolidarisation de certains de ses pairs contestant sa pédagogie maladroite pendant un SEUL cours alors qu'il était accompagné d'un AESH à ce moment là. D'ailleurs la présence de cette personne disparaît comme par magie au gré des conversations. Sans doute dans un souci de ne pas faire de vagues...


L’enchaînement successif d’incompréhensions et d’absence d’explications, sur des situations n’ayant en apparence aucun lien entre elles (évènement dans un cours de 4ème se déroulant le lundi 5 et dans un autre le 6 octobre), génèrent des évènements empêchant le règlement et l’apaisement de conflits entre les élèves, les parents, le personnel de l’établissement et les professeurs, voire d'un quartier entier.


Cela aboutit d’ailleurs à des aberrations comme le motif de la plainte déposée par le père voulant défendre sa fille, loin d’être aussi innocente qu’elle le dit. Par ce biais, le réalisateur aborde la dangerosité du comportement parental, ayant tendance à trop idéaliser son enfant et, à vouloir le défendre, de manière systématique, envers et contre tous, par aveuglement ou ignorance.


Le fonctionnement de la gestion des conflits représente une thématique importante dans ce long métrage évoqué par le biais de la Principale (Emmanuelle Bercot) pour tout ce qui se passe à l’intérieur de l’établissement, et la gardienne (Marie Sohra Conda) pour ce qui arrive à l’entrée du collège. A travers ces personnages, Garenq aborde les difficultés rencontrées face à des parents et élèves peu coopératifs, tout en gérant une situation inédite dans laquelle elles se sentent démunies pour protéger les élèves ou un des ses professeurs.


L’attention portée à cette mécanique fatale trouvant sa source dans un mensonge, mutant au fil des jours, intéresse plus le réalisateur que de développer la personnalité du tueur et de lui donner une importance qu’il ne mérite pas.

Sauf qu’à trop vouloir resserrer l’intrigue sur le personnel enseignant et les élèves, notamment en raison des contraintes budgétaires, le rythme de l’intrigue est privilégié en termes d’efficacité au détriment d’éléments contextuels importants pour appréhender pleinement ce drame humain.


En effet, le contexte aurait mérité un meilleur développement comme l’importance de préciser que cela a eu lieu peu de temps après les annonces présidentielles sur le séparatisme dans les Yvelines - département où se situe le collège - et moins d’un an avant le procès des auteurs des attentats de 2015. Etonnamment, ces tensions sociales résultant d’interventions extérieures au niveau local ne sont jamais abordées de manière claire. Sauf à un moment où un personnage lance « la France est raciste » sans plus de développement.


Il aurait été également judicieux d’expliquer les mesures qui ont été prises depuis cette mort tragique très présente dans la conscience collective du corps enseignant, en plus du carton sur la condamnation des personnes ayant contribué, sciemment ou non, au décès de Samuel Paty.


Le timing concernant la sortie de ce film est discutable car elle a lieu moins de 2 mois, après la décision rendue en appel condamnant, à nouveau, les accusés dans cette affaire. L’émotion est encore très présente et compréhensible, notamment pour tout le personnel de l’Education Nationale en raison des violences permanentes subies et en constante augmentation depuis la Pandémie.


Evoquer ce traumatisme est nécessaire afin de tirer la sonnette d’alarme au plus haut sommet de l’Etat afin de réduire le nombre d’agressions répétées et parfois mortelles subies par le corps enseignant, tout en leur donnant les moyens d’exécuter leur mission dans un climat plus serein avec les parents et les élèves.


Pour ceux qui voudrait un point de vue féminin sur un sujet similaire, je vous invite à découvrir un film belge: Amal Un esprit libre afin d’ouvrir un vrai débat au lieu d’effectuer des rage bait permanents pour chaque film provoquant une polémique salutaire ou non.


NB : N'hésitez pas à ouvrir les liens hypertextes pour découvrir certaines sources et approfondir certains aspects du film ou de l'affaire.


Hawk
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le 27 mai 2026

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