đŹ L'ABANDON - Vincent Garenq
La question n'est pas tant de savoir si L'Abandon est un film réussi ou raté.
Difficile dâailleurs de le juger comme une Ćuvre de cinĂ©ma. Plus proche d'un tĂ©lĂ©film France 2, il nây a objectivement pas grand-chose, cinĂ©matographiquement parlant.
Vincent Garenq semble constamment hésiter entre deux directions.
Dâun cĂŽtĂ©, lâapproche documentaire. Mais le film nâexplore jamais suffisamment les rouages institutionnels, les dĂ©faillances administratives ou les mĂ©canismes collectifs qui ont rendu possible la tragĂ©die. De lâautre, la fiction. Mais Samuel Paty demeure finalement un personnage assez opaque dont on connaĂźt peu les pensĂ©es, les doutes ou lâintimitĂ©. Ă force de rester entre deux approches, le film donne parfois lâimpression de nâaller au bout dâaucune.
Et lorsque la mise en scĂšne tente ponctuellement dâapporter une dimension plus cinĂ©matographique, le rĂ©sultat apparaĂźt souvent maladroit. Le long plan sur la nuque en ouverture frĂŽle le mauvais goĂ»t. Certaines sĂ©quences prĂ©cĂ©dant le drame semblent appuyer lourdement leurs effets, notamment lorsque la jeune Ă©lĂšve qui lui Ă©tait hostile lui adresse soudain un large sourire ou lorsque le collĂšgue ne peut exceptionnellement pas le raccompagner ce jour-lĂ . Des procĂ©dĂ©s qui donnent parfois le sentiment que la tragĂ©die aurait besoin d'ĂȘtre amplifiĂ©e pour produire de lâĂ©motion.
Plus gĂȘnant encore, certains personnages apparaissent caractĂ©risĂ©s de maniĂšre assez caricaturale. Volontairement ou non, le film laisse parfois Ă©merger un discours dĂ©licat sur lâislam ou certaines fractures de la sociĂ©tĂ© française. Non pas parce quâil lâaffirme explicitement, mais parce que la simplification nĂ©cessaire Ă la reconstitution finit par produire des reprĂ©sentations parfois problĂ©matiques.
Bien sĂ»r, il est important que ce drame continue dâĂȘtre interrogĂ©, Ă©tudiĂ© et transmis. Mais fallait-il en faire un film ? Et surtout aussi rapidement ? La question reste ouverte.
Je suis surtout sorti avec un grand sentiment dâinconfort, celui dâune tragĂ©die encore trop proche, encore trop complexe, pour ĂȘtre rĂ©duite Ă un exercice aussi illustratif qui conduira fatalement aux rĂ©cupĂ©rations les plus abjectes.
MA NOTE : 5/10
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