J’ai hésité et repoussé le moment où j’irais voir L’ABANDON.
Parce que la tragédie de Samuel Paty m’avait bouleversée, parce que je suis professeur en collège, parce que je sais comme il est facile qu’un malentendu surgisse entre deux ou plusieurs acteurs de la communauté éducative : administration, direction, professeurs, élèves, parents…
Je l’ai vu ce soir de pluie.
Et c’était bien accordé à la météo: venteux et gris voire blanc tant l’acteur pâlit en incarnant la prise de conscience qu’a Samuel Paty du danger qu’il court.
On ressent les émotions des principaux protagonistes, beaucoup d’adolescents sont très justes et souvent touchants, on rit jaune devant les listes de formulaires Éducation Nationale à sigle non transparent ou les propos du référent laïcité…
On observe comment le bon sens et le quotidien se diluent dans un engrenage terrible.
J’ai apprécié l’hommage à l’humanité et au professionnalisme du professeur et de sa direction.
Il y a beaucoup de dignité dans le traitement de ces personnages.
C’est un hommage bienvenu, non manichéen me semble-t-il.
La tension est palpable, puisqu’on connaît l’issue fatale. Les derniers jours d’un condamné.
Je retiens l’emballement des réseaux, la rumeur et la peur qui enflent face au lent défilé des jours et au calme anormal autour de Paty, l’imbroglio entre différents services de police, de l’EN, l’immense solitude de Samuel Paty.
Et la boucle narrative, doublée par celle du titre, auquel répond en écho le dernier mot du film …ABANDON…