La vie de Henri Grouès, dit l'Abbé Pierre, qui a crée Emmaus pour aider les sans-abris, ceux qui ne peuvent avoir de toits sur leurs têtes.
D'habitude, j'essaie de ne pas être influencé par les évènements extérieurs quand je vois un film ; mais là, avec les graves accusations proférées depuis 2024 contre l'Abbé Pierre, décédé en 2007, il est difficile de le voir de manière objective. Car bien entendu, il est fait mention de son œuvre sociale, des montagnes qu'il a soulevées pour aider les plus modestes, on ne peut pas nier cela, et le travail formidable d'Emmaus. Mais désormais, je pense qu'il est difficile de voir le film sans être au courant de ce qu'il s'est passé depuis sa sortie fin 2023, au point que ça entache gravement sa vision. D'ailleurs, je veux bien croire que le réalisateur, qui s'est énormément documenté sur la vie de l'Abbé, n'ait rien su, car nombreuses ont été les Omerta, mais comment voir désormais le bien qu'a fait Henri Grouès depuis lors ?
Pour parler du cinéma, c'est un biopic tout ce qu'il y a de plus classique, avec une très bonne performance de Benjamin Lavernhe, qui arrive à rendre crédible le personnage, en particulier sur la fin de vie, quoique certains plans le montrent outrageusement maquillé, mais l'acteur dégage la chaleur humaine nécessaire pour nous faire croire à ses combats. Mais la bonne idée du réalisateur est d'avoir en quelque sorte son pendant féminin, Lucie Coutaz, que joue Emmanuelle Bercot, qui fut le bras de l'Abbé Pierre durant des décennies, une sorte de roc sur qui il pouvait compter. Très bonne réalisation de Frédéric Tellier, aussi bien sur les scènes où le personnage est plus jeune, durant son passé de résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, que dans un très beau plan où, à quelques instants de passer de vie à trépas, l'Abbé Pierre voit le ciel et la terre se mélanger alors qu'il marche tout droit vers la lumière finale.
C'est clairement un film sincère, peut-être hagiographique, mais qui apparait désormais comme incomplet, presque sali des révélations post-mortem d'un ange pas si pur que ça...