Ce qui est bien quand on va voir un film de Quentin Dupieux, c’est qu’il n’y a pas de surprise : on sait d’avance qu’on va être… surpris !
La note que je mets ne veut dire qu’une chose : c’est que je vois dans L'Accident de piano une proposition artistique exemplaire, qui se place au-delà de ce que l’on peut attendre, au-delà de ce que l’on peut comprendre mais auquel on accède quand même, grâce à une sorte d’intuition que précisément le film exacerbe, par ce qu’il donne à ne pas voir tout en le montrant.
En effet, quand on rit, on sent bien le rire déplacé ; quand on frissonne, on perçoit que ce n’est pas ce qui est montré qui est source du frisson ; quand on se prend à penser à la philosophie qui imprègne le film, on se rend vite compte qu’on n’est pas exactement à la bonne page…
Dupieux n’est pas décalé : il nous décale, juste. Et c’est fantastiquement bien fait, au sens où on ne sait pas exactement où l’on se situe, entre réalisme et magie, entre rationnel et irrationnel, entre vraisemblable et impossible – selon une définition classique du fantastique. Et c’est ainsi que Dupieux nous prend, nous sur-prend, nous surprend par le scénario (de lui), par le montage (de lui), par la photographie (de lui), par la musique (de lui, alias Mr.Oizo), par la direction d’acteurs (de lui)… Et quels acteurs ! Magnifiés par leur plongée dans l’immonde – comme est caractérisée la personnage principale, Magalie-Magaloche.