Avec sa boulimie cinématographique, Quentin Dupieux est en train de prouver malgré lui que la pire ennemie de la qualité, c'est la quantité. L'Accident de piano est son 6e film depuis 2022 (!) et à part l'inattendu Dali, aussi ambitieux que méthodique, et Yannick, le film le plus surcoté de sa filmographie, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais ce dernier film fait fort, car il est encore en-dessous.
Evacuons d'emblée les points forts, comme il y en a peu : une narration efficace, en puzzle catégorie moins de 3 ans qui se construit peu à peu, et Adèle Exarchopoulos, méconnaissable et beaucoup trop crédible dans ce rôle de grosse givrée.
Le film partage avec Yannick l'absence de vrai paranormal (sans compter l'anomalie corporelle de l'influenceuse, incapable de ressentir la douleur), chose assez rare pour un Dupieux. Même l'absurde, fil rouge de son œuvre, n'est ici décelable que dans les choix des personnages, malheureusement plus idiots que véritablement absurdes (contrairement au psychopathe du Daim, par exemple). Tout ça passe au second rang, derrière une critique trop attendue d'internet en général et des influenceurs en particulier. Autrefois, les quelques critiques sociétales de Dupieux ne formaient qu'un élément comique, bienvenu ou non, qui s'emboîtaient dans une ambition plus large (comme l'IA, scénariste du film dans Le Deuxième Acte). Ici, le personnage d'Adèle, influenceuse connue pour ses expériences corporelles insensées et permises par une absence du ressenti de la douleur, est trop caricatural : l'appât du gain, l'empathie d'une huître morte, le vide intellectuel. Aucune profondeur, et ses actions, totalement idiotes, sont pourtant loin de surprendre. Les deux autres, son assistant et la journaliste, sont encore moins développés et encore moins intéressants, si c'est possible. Bref, un scénario écrit beaucoup trop vite, et pour une fois, on est content que le film dure moins d'une heure trente.