L'affaire Mori (1977), dont le titre original Il Prefetto di Ferro est bien plus parlant (traduit littéralement comme Le Préfet de Fer), est un film de Pasquale Squitieri, réalisateur qui commença sa carrière dans le western italien, avec notamment Django défie Sartana (1970), avant de bifurquer vers des œuvres que l'on pourrait qualifier d'historico-politique, sur le thème de la mafia, comme par exemple Lucia et les Gouapes (1974), qu'il tourna, comme ici, avec sa compagne, Claudia Cardinale.
Le film suit la lutte du préfet Mori contre la mafia sicilienne, en 1925. Ayant obtenu par le passé, des résultats remarqués et étant réputé comme un homme d'État incorruptible, il est envoyé à Palerme par le régime fasciste afin de rétablir l'autorité de l'état face aux innombrables crimes commis par les brigands locaux.
Absolument prenant de bout en bout, le métrage nous montre, sans fioritures ni psychologisations inutiles, comment Cesare Mori va très méthodiquement s'atteler à mettre au pas la mafia. Il devra pour se faire lutter contre l'omerta et un certain archaïsme de la population. Il met alors en place une opération de grande envergure pour marquer les esprits, à savoir l'occupation de Gangi, un village servant de tanière aux malfrats de la région, soutenus par les habitants.
"La mafia est une putain qui se frotte au pouvoir et nous le payons" déclame le personnage de Spano (principal allié de Mori) à la fin du film. Cette réplique incroyable résume à elle seule tout le propos du métrage, très amer et loin d'être à la gloire du régime. Pasquale Squitieri démontre ici de manière très didactique au fil du récit, les différentes collusions entre la Cosa nostra ; l'église et l'état fasciste, qui sous couvert d'envoyer sur place cet homme de fer, espère surtout obtenir de bons articles de presse, plutôt que de réel résultat ; si bien que Mori va finir par gêner en plus haut lieu lorsqu'il voudra s'attaquer au sommet de la pyramide, là où réside le vrai pouvoir.
Avec sa mise en scène classieuse et sa photographie superbe de naturalisme, le film nous donne à voir la réalité de cette Italie rurale de l'époque, celle du règne du silence et de la peur, où la loi ne s'applique pas. Pasquale Squitieri s'inscrit ici dans les pas de grands noms comme Francesco Rosi, Damiano Damiani ou bien encore Pietro Germi, et l'on pense durant le visionnage à des films comme Salvatore Giuliano (1962), La Mafia Fait la Loi (1968) ou bien encore Au Nom de la Loi (1949).
Sans temps mort et servi par un superbe casting, Il Prefetto di Ferro est une œuvre aujourd'hui trop méconnue, qui mérite pourtant largement la découverte et qui a toute sa place dans le Panthéon du cinéma politique italien.