C’est avec un brin de tristesse que j’ai achevé mon petit cycle franchouillard en grande partie pioché dans la vidéothèque d’Ado, celui-là, je me le gardai pour la fin, duel au sommet, Gabin-Fernandel sous le regard de Gilles Grangier un an après la cuisine au beurre, Normandie-PACA, deuxième round, Jeannot remplace Bourvil pour l’honneur du crachin et une gentille histoire de paternité dépassée par les mœurs de l’après-guerre…
Gabin est un Normand de Paris qui a fait quelques filles à Paulette Dubost, Marie Dubois en particulier qui s’est amourachée de Franck Fernandel, fils de son père et aîné d’une fratrie de sudistes…
C’est l’été, les tourtereaux parlent déjà de mariage, au grand dam de Jeannot qui, comme tout bon père bourru qui se respecte a du mal à envisager d’abandonner sa fille préférée dans les mains d’un de ces sauvages à demi-civilisés qui colonisent le midi de la France de leur accent gouleyant et de leurs breuvages barbares…
Avec un sens de l’hospitalité qui l’honore, Fernandel invite toute la maisonnée à passer les vacances chez lui, entre son louage de pédalo et sa boutique de brol, le rendez-vous des Noël Roquevert en tous genres…
Alors oui, le duo de monstres sacrés ne fonctionne pas forcément très bien, mais quel abattage de chaque côté ! Comme si une telle présence ne pouvait se partager, et Jeannot est tellement mignon en père éternel…
Ca sent bon les vacances à la Sempé, c’est charmant comme tout, un délice de l’après-midi à consommer avec plat roboratif et vin rouge campagnard, cyniques s’abstenir, moi j’en fais mes délices…
L’autre avantage du film c’est la découverte que Shammo est le sosie du fils de Fernandel. Si on enlève à ce dernier le nez improbable de bande dessinée, la petite touche d'aïoli et l'accent méridional de compétition, c’est-à-dire les seuls liens qui le rattachent à ce bon vieux dromadaire paternel, la ressemblance est particulièrement savoureuse…